AccueilCultureA Aix-en-Provence, la reprise décevante du « Pelléas et Mélisande » de Katie Mitchell

A Aix-en-Provence, la reprise décevante du « Pelléas et Mélisande » de Katie Mitchell

La reprise d’un spectacle est toujours un moment de circonspection, qui impose la confrontation entre ce qu’une production a laissé d’images, de sensations et de souvenirs en vous et les inévitables étonnements et interrogations qu’elle propose au second regard. Ainsi Pelléas et Mélisande, de Debussy, mis en scène par Katie Mitchell, déjà présenté en 2016 au Grand Théâtre de Provence. Le travail fouillé de la Britannique a encore développé, semble-t-il, le hiatus entre le naturalisme saturé des corps sensuellement explosifs et le monde onirique d’une psyché qui s’emploie à brouiller les pistes, entre rêve et déraison. Revendiqué comme féministe, le travail de Mitchell a accentué la figure janusienne de Mélisande, objet du fantasme masculin – celui de son mari, Golaud, de son amant, Pelléas, et même du vieil Arkel – et sujet d’une sexualité libre, omniprésente, exacerbée, qu’elle prodigue aux trois à la fois.

Comme il y a huit ans, une jeune femme en robe de mariée, éperdue, haletante, s’est à nouveau jetée en larmes sur le lit d’une chambre inconnue, les talons aiguilles ont volé, le mouchoir qu’elle tient à la main est taché de sang. On la verra ensuite faire un test de grossesse dans les toilettes – positif, inévitablement. Puis sombrer dans le sommeil.

Entre réalisme et symbolisme, action et rêve, concret et fantastique, Katie Mitchell ouvre dans le double fond du texte de Maeterlinck une boîte de Pandore sémantique. Les branches de la forêt se sont insinuées dans les lézardes des murs, l’eau résurge au pied du lit. Dans le fond d’une piscine délabrée, les amants interdits ont remonté le filet de mousseline qui ne retient rien des souvenirs, avant que le drame se noue.

Apesanteur lunaire

Katie Mitchell a joué avec sa boîte magique de décors compartimentés, chambre, salon, escaliers, par le truchement d’un panneau noir coulissant. Un puzzle dont chaque pièce, chassant l’autre, crée une béance nouvelle : le songe de Mélisande, servi par le foisonnement parfois étouffant des scènes de doubles, s’épanouit dans la fantasmagorie d’une apesanteur lunaire de personnages se mouvant au ralenti. Quand le couteau jaloux de Golaud a tranché la gorge de Pelléas, Mélisande jouissait encore sur lui. C’est elle qui se donnera la mort, maintenant sous un coussin le visage de l’actrice qui joue son rôle muet.

Initialement pensée pour Barbara Hannigan, dont la folie sauvage et sensuelle aimantait le regard, la direction d’acteur semble parfois tomber à plat. Chiara Skerath, fine et délicate interprète, peine à déchaîner le séisme porté par la soprano canadienne. Il est vrai que la soprano belgo-suisse est arrivée tard dans la production, remplaçant quasi au pied levé l’Américaine Sandra Bullock, pressentie à l’origine. Succédant à un Stéphane Degout un brin autoritaire pour le rôle, le jeune baryton anglais Huw Montague Rendall est un Pelléas de rêve, au timbre chaud et clair, à la projection naturelle, dont la maîtrise de la prosodie française rend inutile le surtitrage.

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Source du contenu: www.lemonde.fr

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