AccueilActualités FranceUne centaine d'agriculteurs interpellés en France, l'UE lâche du lest

Une centaine d’agriculteurs interpellés en France, l’UE lâche du lest

La Commission européenne a « répondu aux demandes de la France » concernant l’assouplissement des obligations de jachères et la limitation des importations agricoles ukrainiennes, deux points de crispation des agriculteurs français, a indiqué mercredi 31 janvier l’Élysée. À la veille du sommet européen, la colère gronde dans le monde rural contre l’Union européenne. En France, une centaine d’agriculteurs ont été interpellés ce mercredi. 

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Ce que propose Bruxelles 

Bruxelles a proposé mercredi d’accorder une dérogation partielle aux obligations de jachères dans l’UE et de limiter toute hausse incontrôlable des importations agricoles ukrainiennes, offrant des gages aux agriculteurs qui manifestent à travers l’Europe. « Les deux sujets importants sur lesquels l’Europe est le bon niveau pour agir ont été réglés rapidement en réponse à nos demandes », a souligné l’Élysée, à la veille d’une rencontre entre la présidente de l’exécutif européen, Ursula von der Leyen, et le président français Emmanuel Macron.

Bruxelles propose de renouveler pour une année supplémentaire, entre juin 2024 et juin 2025, l’exemption de droits de douane accordée à l’Ukraine depuis le printemps 2022 pour soutenir le pays en guerre. Mais en l’assortissant de « mesures de sauvegarde » renforcées limitant l’impact des importations de produits agricoles ukrainiens, lesquelles ont bondi de 11% en valeur sur un an en janvier-septembre 2023. « Nous gardons l’objectif politique de soutien à l’Ukraine et, en même temps, nous protégeons les agriculteurs européens sur des secteurs sensibles », précise l’Élysée. 

Les agriculteurs accusent l’afflux de céréales, œufs et poulets d’Ukraine de plomber les prix locaux, notamment dans les pays riverains, et d’entretenir une concurrence « déloyale » faute de satisfaire certaines normes.

Sur les obligations de jachères imposées par la nouvelle Politique agricole commune (PAC) entrée en vigueur début 2023, Bruxelles propose aux Vingt-Sept une « dérogation partielle » leur permettant de toucher les aides même sans respecter la proportion d’au moins 4% de terres arables en jachères. « Cela répond concrètement à la demande de flexibilité que nous avions formulée », ajoute l’Élysée.

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Les forces de l’ordre sont en position pour intercepter le convoi d’agriculteurs, à Chilly-Mazarin, le 31 janvier 2024. © Stéphane Duguet / RFI

Les céréaliers demandent des droits de douane pour l’Ukraine

Les céréaliers français veulent voir réinstaurer des droits de douanes au-delà d’un quota d’importations d’Ukraine, se disant mercredi « extrêmement déçus » de voir les céréales exclues des produits « sensibles » pour lesquels Bruxelles prévoit de limiter la hausse des importations.

« On est extrêmement déçus. Le problème est crucial pour les céréales. Entre 2021 et 2023, les importations de blé ukrainien dans l’Union européenne ont été multipliées par vingt. On est passé de 215 000 tonnes de blé en 2021 à 5 millions de tonnes en 2023 », a déclaré à l’AFP Eric Thirouin, le président de l’Association générale des producteurs de blé et autres céréales (AGPB). « Il faut trouver le juste équilibre entre la solidarité avec l’Ukraine et les conséquences sur l’agriculture européenne. En supprimant les droits de douanes, l’UE a créé un appel d’air qui génère aujourd’hui des distorsions de marché très difficiles, dans un contexte de hausse des coûts de production et de baisse des prix (sur les marchés) », estime Eric Thirouin.

Pour les céréaliers français, il faut revenir à un « contingent » ou quota de céréales au-delà duquel les droits de douane doivent de nouveau s’appliquer, plaidant pour un quota « inférieur à 2 millions de tonnes, comme c’était le cas avant la guerre ».

Des pancartes sont accrochées aux engins agricoles. On peut y lire par exemple «stop aux contraintes».
Des pancartes sont accrochées aux engins agricoles. On peut y lire par exemple «stop aux contraintes». © Stéphane Duguet / RFI

C’est vraiment très frustrant d’être en concurrence avec les pays qui n’ont ps les mêmes normes…

Ambiance au point de blocage de Chilly-Mazarin, aux portes de Paris

Stéphane Duguet

Des agriculteurs déterminés à poursuivre la mobilisation

Après une intrusion en fin d’après-midi dans une « zone de stockage » du marché de Rungis, plus grand marché de produit frais du monde et point crucial d’approvisionnement de la capitale française, 79 personnes ont été interpellées. Cela s’ajoute aux 15 interpellations survenues un peu plus tôt pour « entrave à la circulation » près de Rungis, au sud de Paris.

Ces interpellations sont les premières depuis lundi en France, où des agriculteurs bloquent avec leurs tracteurs plusieurs autoroutes menant à Paris et provoquent une nouvelle crise sociale, un an après la très contestée réforme des retraites. Mercredi à la mi-journée, plus de 80 blocages, 4 500 engins et 6 000 manifestants étaient recensés dans le pays, selon une source policière citée par l’AFP. 

Franck Chardon, agriculteur en Seine-et-Marne, a tenté de «soudoyer» quelques forces de l'ordre à l'aide de croissants.
Franck Chardon, agriculteur en Seine-et-Marne, a tenté de «soudoyer» quelques forces de l’ordre à l’aide de croissants. © Stéphane Duguet / RFI

Le mouvement de colère ne se limite pas à la France, avec des manifestations en Allemagne, en Pologne, en Roumanie ou en Belgique ces dernières semaines. 

En Italie, des milliers d’agriculteurs, de la Sardaigne au Piémont, ont encore manifesté mercredi. « L’agriculture est en train de mourir », pouvait-on lire à Cuneo, ville du nord du pays traversée par une centaine de tracteurs klaxonnant. 

En Espagne, des rassemblements ont été signalés près de Léon et Zamora, dans le nord-ouest. Le ministre espagnol de l’Agriculture a annoncé qu’il recevrait vendredi les trois principaux syndicats agricoles, qui ont promis des « mobilisations » les « prochaines semaines ».

Des agriculteurs portugais ont aussi appelé à une mobilisation jeudi matin sur les routes du pays avec des tracteurs et machines agricoles.

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Source du contenu: www.rfi.fr

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