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Allemagne : des études révèlent l’ampleur des inégalités sociales dans les crèches

Garderies de «seconde classe», coût énorme des pères absents pour l’État, risque élevé de pauvreté des familles monoparentales… Des études allemandes, relayées par les médias locaux, alertent sur une injustice sociale grandissante.

Améliorer la qualité des crèches et sortir les enfants de la pauvreté figurent parmi les priorités de la politique familiale actuelle en Allemagne. Pourtant, les inégalités semblent plus fortes que jamais. Une récente étude de la Fondation Friedrich Ebert (proche du SPD) relayée par le Spiegel, révèle l’existence de crèches de «seconde classe» qui cumuleraient les problèmes (manque de moyens et de personnel), tout en accueillant une majorité d’enfants défavorisés. En parallèle, selon Die Zeit, l’État dépenserait des milliards d’euros pour aider les enfants des familles monoparentales à cause de l’absence des pères. Les mères célibataires avec plusieurs enfants semblent être les premières victimes de cette injustice sociale révélée par les derniers chiffres.

Des crèches «de seconde classe» ?

L’étude montre que les inégalités sociales commencent dès la crèche en Allemagne. 4000 directeurs de crèche ont été interrogés par l’Institut allemand de la jeunesse en 2020 pour l’étude. Les garderies sont séparées en deux types : dans celles de la catégorie A, aucun enfant n’est issu de familles socio-économiquement défavorisées. Dans la catégorie B, 31% proviennent de ce milieu.

Forte proportion d’enfants qui parlent peu ou pas allemand à la maison, ayant besoin d’un diagnostic spécial, en situation d’urgence ou avec des antécédents de fugues…Les problèmes s’accumulent chez les enfants reçus dans les établissements classés en catégorie B. Ces crèches sont aussi plus grandes que les crèches de type A, avec en moyenne 76 enfants contre 43 par établissement. La pénurie de personnel est très importante, et les moyens manquent dans ces garderies de type B. En effet, le ratio personnel/enfants n’a pas pu être atteint pendant 28 jours en moyenne au cours des six derniers mois, contre moins de 13 jours pour les crèches de catégorie A. Toujours selon l’étude, les parents d’enfants défavorisés paieraient plus cher les fournitures que les familles privilégiées (10 euros contre 5.80 euros).

Des résultats inquiétants

Andy Schieler, chercheur en sciences sociales à l’Université des sciences appliquées de Coblence et co-auteur de l’étude, a confié au Spiegel avoir été surpris des résultats. Les données de l’étude datant de 2020, le chercheur pense qu’il est « probable que les inégalités soient encore plus fortes depuis la pandémie». Andy Schieler admet aussi d’autres inconnus : quelle est l’ampleur des différences entre la ville et la campagne, l’Est et Ouest, et entre les différents Lander et prestataires ?

Le but de cette étude est en tout cas de «créer une conscience politique et sociale du problème», explique le chercheur. Car si de nombreux enfants défavorisés ne peuvent être soutenus comme ils en auraient besoin à cause d’un manque de ressources des établissements, «c’est qu’il y a un problème», estime le chercheur. «Les établissements devraient compenser quand les enfants ne sont pas suffisamment soutenus par leurs parents. Sortir dans la nature par exemple. Or si le manque de personnel dans les crèches l’empêche, alors c’est doublement tragique pour ces enfants», affirme Andy Schieler dans le Spiegel. Les inégalités se reproduisent et se poursuivent dans la vie d’adulte, ajoute le média.

Les parents célibataires plus exposés à la pauvreté

Or ces enfants défavorisés vivent souvent dans une famille monoparentale, ce qui creuse davantage les inégalités. En effet, en 2023, 41 % des parents célibataires étaient considérés comme menacés de pauvreté selon une nouvelle étude de la Fondation Bertelsmann, fondation indépendante de droit privé. Ces taux demeurent stables depuis des années. En comparaison, seule une famille sur dix avec deux enfants est considérée comme exposée au risque de pauvreté.

Pourtant, la plupart des parents célibataires ont un emploi. Le risque de pauvreté est très élevé pour les mères célibataires, qui assument la majorité des soins et de l’éducation des enfants. Le principal problème est que les ex-partenaires refusent de payer. Car après une séparation, les deux parents sont tenus de verser une pension alimentaire à leur enfant. Le parent avec qui l’enfant vit (principalement) remplit ce devoir en l’élevant. En 2023, c’était la mère dans 82,5 % des cas. En contrepartie, l’autre parent doit verser une pension alimentaire en espèces pour l’enfant.

«L’État prend en charge les mauvais pères»

Or les injustices s’accumulent pour les familles en difficultés, car les pères sont trop peu nombreux à payer après une séparation. Sur les 2,5 millions d’enfants de moins de 18 ans grandissant avec des parents célibataires, la majorité ne reçoit pas de pension alimentaire régulière de la part de leurs parents séparés, selon de nouveaux chiffres de la Fondation Bertelsmann. Pour un enfant sur trois, l’État allemand fournit donc au moins un moyen de subsistance avec une pension alimentaire. Les quatre cinquièmes de l’argent avancé aux pères qui ne veulent pas payer sont pris en charge par le secteur public, pointe Die Zeit. «L’État prend en charge les mauvais pères», titre le quotidien allemand qui écrit que ce comportement semble être la règle plutôt que l’exception.

En 2023, les charges pour l’avance des pensions alimentaires s’élevaient à plus de 2.686 milliards d’euros, et les revenus (remboursements des parents absents) à 508 000 euros soit seulement 19% des dépenses. La part que l’Allemagne a récupérée des montants d’avance sur pension alimentaire versée depuis 2016 n’a jamais dépassé 25%. Or cet argent pourrait servir à autre chose, estime Die Zeit. Les garderies, par exemple, auraient besoin de deux milliards d’euros par an du gouvernement fédéral pour améliorer les services de garde d’enfants.

Source du contenu: www.lefigaro.fr

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