AccueilCultureAu Festival d’Avignon, avec « Liberté Cathédrale », Boris Charmatz fait danser le stade

Au Festival d’Avignon, avec « Liberté Cathédrale », Boris Charmatz fait danser le stade

Quelle chance de pouvoir présenter un spectacle dans des lieux aux antipodes ! En à peine un an, Boris Charmatz, directeur depuis 2022 du Tanztheater Wuppertal, la compagnie emblématique de Pina Bausch (1940-2009), basée à Wuppertal (Allemagne), artiste-complice de cette 78 ème édition du festival d’Avignon, a ainsi implanté sa pièce Liberté Cathédrale dans trois espaces aussi insolites que fastueux. Lors de sa création en 2023, cette production avec 26 danseurs a vu le jour sous les voûtes hautes et brutalistes de l’église Mariendom de Neviges, à Wuppertal. En avril, elle s’est disséminée dans une incroyable reconfiguration spécialement conçue pour elle au Théâtre du Châtelet, à Paris : le plateau, beau comme une patinoire dorée, couvrait tout le parterre doublant la surface habituelle de la scène pour atteindre 644 mètres carrés. Enfin, vendredi 5 juillet, la voilà en plein air – une saveur chère à Boris Charmatz-, dans le stade de Bagatelle. Il est 21 h 30, le ciel glisse au rose fuchsia tandis que la fraîcheur tombe avec la nuit.

Deux points communs rassemblent ces trois spots magiques qui déboîtent sec du circuit de diffusion ordinaire. D’abord, une grandiloquence dans le format et l’atmosphère charge la pièce en l’auréolant de solennité. Ensuite et à chaque fois, le public encercle les interprètes et se trouve inclus dans la vision globale de l’oeuvre : une immersion à la mode que Charmatz apprécie pour échapper au frontal de la boîte noire du théâtre en pariant sur l’utopie de la communauté danseurs-spectateurs. Ces facteurs, très positifs pour la réception et la couleur du spectacle, notamment au Châtelet qui a beaucoup fait parler tant le dispositif visuel était somptueux, n’empêchent pas de se poser quelques questions. Déplacer un spectacle en le changeant de contexte en modifie-t-il en profondeur la substance ? La valeur ajoutée d’un décor, qui opère aussi telle une diversion, suffit-elle à optimiser le contenu ?

Ces interrogations planent au-dessus de nos têtes en pénétrant sur le stade de foot. C’est la troisième fois que Charmatz, épris de monumental, choisit de jouer une pièce ici. En 2011, il s’agissait de Levée des Conflits. Il y a seulement 7 jours, Cercles entraînait 175 amateurs dans ses ondes énergétiques. Pour Liberté Cathédrale, Charmatz a limité sa zone de danse dans un coin du terrain circonscrit d’immenses néons blancs. Il n’empêche que le soir même où le match France-Portugal embrase de joie les rues d’Avignon, l’impact de l’endroit est tout sauf anodin, chaud bouillant de projections et de mythologies contemporaines. Le débat du populaire dans l’art rejoint ici celui du collectif et ses forces antagonistes : ses capacités de ralliement et de séparation, de chaleur et de violence, ses excès souvent lorsque la compétition abrase la pelouse pour perdre ou gagner.

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Source du contenu: www.lemonde.fr

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