AccueilCultureAu Musée Picasso, à Paris, Léonce Rosenberg ou les mésaventures d’un marchand d’art

Au Musée Picasso, à Paris, Léonce Rosenberg ou les mésaventures d’un marchand d’art

Il est courageux, de la part du Musée Picasso, à Paris, de consacrer une exposition au marchand Léonce Rosenberg (1879-1947), tant il a mauvaise réputation. Il est celui auquel Georges Braque (1882-1963) assène un coup de poing en public à l’hôtel Drouot, le 13 juin 1921, pour le châtier de son attitude dans ce que l’on nomme les « ventes de séquestre Kahnweiler ».

Pour résumer : le galeriste Daniel-Henry Kahnweiler (1884-1979), qui est celui des cubistes, étant de nationalité allemande, est contraint de quitter la France en août 1914. Refusant de combattre du côté de Guillaume II, il se réfugie à Berne, en Suisse. Le stock de la galerie – des centaines de peintures et de dessins de Braque, Gris, Léger, Picasso, etc. – est placé sous séquestre par l’administration française comme « bien ennemi ».

Après la guerre, de retour à Paris, malgré ses efforts, Kahnweiler ne peut rentrer en possession de ses œuvres, qui sont dispersées aux enchères en quatre ventes, de 1921 à 1923. Or Léonce Rosenberg, petit galeriste avant-guerre, réussit à capter, à partir de 1916, la plupart des artistes de Kahnweiler en profitant de son absence forcée, d’une part ; et, d’autre part, à force de proclamations germanophobes et patriotiques, en se faisant nommer expert des ventes de séquestre, ce qui le place en position d’en profiter amplement.

Une sorte de Médicis contemporain

C’est alors que Braque lui signifie sa colère et que Fernand Léger (1881-1955), sans le cogner, ne cache pas davantage la sienne. Dès 1918, Picasso s’est écarté de lui pour travailler avec son frère Paul Rosenberg (1881-1959), qui devient plus tard le grand galeriste parisien de l’entre-deux-guerres. Au même moment, Léonce fonde sa galerie, L’Effort moderne, qu’il tente de faire passer pour la galerie des avant-gardes par excellence.

Il faut avoir ces faits présents à l’esprit pour comprendre l’exposition « Dans l’appartement de Léonce Rosenberg. De Chirico, Ernst, Léger, Picabia… ». Ce lieu était, en effet, destiné à promouvoir le galeriste au rang de mécène de la modernité, une sorte de Médicis contemporain, dont la splendeur présente ferait oublier les bassesses passées.

En 1928, il loue un très vaste appartement au 75, rue de Longchamp, dans le 16arrondissement, et commande des œuvres pour les différentes pièces, de l’entrée aux chambres de ses trois filles en passant par le grand salon ou le « boudoir de Madame ».

Le 15 juin 1929, il ouvre son domicile pour une soirée à grand spectacle publicitaire. Jusqu’en 1931, il poursuit ses commandes. L’année suivante, il est contraint de résilier le bail de l’appartement : la crise boursière, puis économique, qui a commencé aux Etats-Unis en 1929, a eu raison de son ambition. Il conserve sa galerie, mais c’est pour y vendre sa collection, toile après toile. Autrement dit, elle disparaît et il ne reste de l’ensemble que des photographies et des correspondances entre Rosenberg et les artistes.

Il vous reste 45% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Source du contenu: www.lemonde.fr

dernières nouvelles

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici