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Clin d’œil, ce festival international qui réunit et honore la communauté des sourds

REPORTAGE – Du 4 au 7 juillet dernier, plus de 20.000 personnes se sont retrouvées à Reims à l’occasion du Festival International des Arts en langue des signes. Quatre jours qui ont réuni des festivaliers venus du monde entier.

Rémois et visiteurs de la ville des Sacres étaient étonnés du joyeux silence qui régnait dans les rues de Reims ces derniers jours. Même la célèbre place d’Erlon, souvent très bruyante car emplie de bars et restaurants, ne l’était pas autant que d’habitude. Ils étaient pourtant tous pleins à craquer et très animés : des dizaines de milliers de personnes sourdes ont afflué des quatre coins du globe pour profiter du festival Clin d’œil, une initiative biennale créée en 2003 par le comédien et réalisateur David de Keyzer.

«Près de 60% des festivaliers cette année viennent de l’étranger» explique Ombeline Laurent, responsable presse et partenariats du festival, «et ils représentent une cinquantaine de pays», ce qui a évidemment un impact important sur le tourisme dans la région. Des visites de l’Opéra de Reims et de plusieurs caves de champagne ont ainsi été proposées en langue des signes aux festivaliers. Une vingtaine de pays étaient par ailleurs représentés dans la programmation culturelle de cette 11e édition. Comme chaque année, le festival est entièrement accessible en langue des signes française (LSF) et en International Signs (signes internationaux). Les 230 bénévoles sont sourds, des restaurateurs aux gérants de stands. «Seuls les chauffeurs ainsi que les agents de sécurités sont entendants», détaille Ombeline Laurent.

Pour justement éviter la barrière de la langue entre sourds et entendants, les agents de sécurité ont reçu une formation quelques jours avant le début du festival. «Il fallait surtout qu’on apprenne à comprendre ce milieu-là» explique Mathieu Lambert, directeur commercial de l’Agence de Protection LADP. «Par exemple, pour exprimer leur mécontentement ils parlent vite, et avec beaucoup de gestes. On pourrait mal interpréter cela et intervenir par peur de dispute, alors qu’ils s’expriment simplement».

La culture sourde à l’honneur

«Une personne sourde n’aura pas la même sensibilité et la même vision du monde qu’une personne entendante» rappelle Ombeline Laurent, qui souligne que les arts visuels ont une part très importante dans la culture sourde. Ainsi, de multiples activités visuelles étaient proposées aux festivaliers : spectacles de théâtre, de danse, projections de films et documentaires en langue des signes. Ils étaient d’ailleurs en lice pour un concours, dont la remise des prix a eu lieu le soir du 7 juillet à la Comédie de Reims.

Des conférences et des tables rondes étaient également proposées dans les locaux du complexe sportif René Tys, et des dizaines de stands d’expositions d’artisans venus de tous les continents étaient installés dans le village du festival, à côté du stade Delaunay. Parmi ces derniers, un stand de tattoos, «car de nombreux sourds sont très attachés aux tatouages», explique Ombeline Laurent, en montrant du doigt les festivaliers qui font la queue pour graver à l’encre et dans leur peau un souvenir de ce week-end.

Pour les 105 enfants présents cette année au festival, des artistes invités ont organisé plusieurs ateliers de théâtre, de hip-hop, de danse, de cirque, de graffitis… Ils ont ainsi pu apprendre et s’amuser tout en préparant un spectacle qui a été présenté le dernier jour. «Ils sont partie prenante du festival, c’est important», explique Ombeline Laurent. «On veut leur montrer que tout est possible, qu’ils peuvent faire plein de choses parce que malheureusement durant l’année, il n’y a pas forcément d’accessibilité pour eux ».

Ressentir la musique

Ne pas entendre ne signifie pas pour autant ne pas pouvoir ressentir la musique. Et c’est d’ailleurs pour la ressentir que la plupart des festivaliers sont venus. Tous les soirs, des «deaf party» («soirées de sourds», en français) qui attiraient près de 7000 personnes étaient organisés au village, face à la scène principale. Pour permettre aux sourds de profiter au maximum de la musique, des concerts étaient réalisés en chant sourd, une forme d’art officiellement reconnue depuis 2017. Ces concerts étaient proposés par des artistes eux-mêmes sourds qui interprétaient des versions signées de chansons existantes, ou qui incarnaient leurs propres compositions.

Plus tard, lorsque les DJ s’emparaient des platines, les festivaliers ont pu monter sur une piste en bois installée en face de la scène, légèrement en hauteur. «Le bois est un matériau qui propage mieux les ondes» explique Ombeline Laurent, ce qui permet aux sourds de ressentir la musique. «Du coup ils ont beaucoup dansé», détaille-t-elle allègrement. Des gilets vibrants étaient également à disposition. Cette technologie à l’origine imaginée par les gamers (joueurs de jeux vidéo) pour augmenter les sensations des jeux vidéo permet finalement aux personnes sourdes de ressentir les vibrations lors d’un concert. Des lumières sont également déployées par des projecteurs, correspondant aux sons, et aux rythmes.

Tout visiteur non averti aurait pu s’étonner de voir des gens si heureux et pourtant si silencieux, tant l’atmosphère de Clin d’œil est différente d’un festival traditionnel. Des sourires illuminaient pourtant tous les visages ; comme l’explique si joliment David de Keyzer, «c’est parce que l’endroit où on est le plus heureux est l’endroit où on est compris».

Source du contenu: www.lefigaro.fr

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