AccueilCultureA l’Opéra de Lille, la « Chauve-Souris » tristounette de Laurent Pelly

A l’Opéra de Lille, la « Chauve-Souris » tristounette de Laurent Pelly

La Chauve-Souris, c’est comme l’Alsace et la Lorraine. Tiré d’une pièce de l’Allemand Roderich Benedix, Das Gefängnis (« La Prison ») est adaptée en français par Henri Meilhac et Ludovic Halévy, qui l’intitulent Le Réveillon avant que cette version ne soit à son tour transposée en allemand pour les besoins d’une opérette, la célèbre Die Fledermaus (« La Chauve-Souris »), de Johann Strauss fils. C’est la version française de cette dernière mouture germanique que nous propose l’Opéra de Lille, histoire de clore dans un éclat de rire la saison de son centenaire. Si airs et ensembles empruntent à l’adaptation concoctée par les metteurs en scène Patrice Caurier et Moshe Leiser, les textes et les dialogues ont été revus par Agathe Mélinand, fidèle pourvoyeuse de bons mots et autres allitérations du metteur en scène Laurent Pelly, avec qui elle a travaillé sur une quinzaine de productions de Jacques Offenbach – « C’est moi, trop bonne pâte/ C’est moi que vous trompâtes », chante Gaillardin, découvrant que sa femme, Caroline, a un amant.

De la Cendrillon de Jules Massenet au Roi Carotte d’Offenbach, compositeur dont il a servi moult opérettes avec bonheur, le metteur en scène français a connu à Lille (comme ailleurs) d’indéniables réussites, dont la plus aboutie reste l’extraordinaire Le Songe d’une nuit d’été, de Benjamin Britten. A première vue, Johann Strauss est dans ses cordes. Las ! Un voile endeuillé et une joie factice semblent s’être abattus sur l’habituelle vis comica de Pelly. Certes, on a troqué l’élégante station thermale des environs de Vienne pour le bourg sans charme de Pincornet-les-Bœufs, mais tout ici semble comme émoussé, artificiel, voire mécanique.

Dans un décor rouge de guingois en forme de boîte magique, dont les bords s’ouvriront jusqu’à se désagréger au fur et à mesure des deux premiers actes, la pâtisserie viennoise fin de siècle au croustillant doux-amer se transforme en parodie de théâtre de boulevard mâtiné d’un burlesque de films muets à la Max Linder. L’infatué Gaillardin, mari volage et ami déceptif, sera bien le dindon de cette farce bourgeoise, mais il ne sera plumé qu’à demi, et la causticité se perd entre trivialité et caricature, valse boiteuse dont les trois pattes ne font tourner ni les corps ni les têtes.

Distribution francophone

Le plateau a rassemblé une distribution francophone. Ainsi, le fringant Franck Leguérinel en Tourillon, fraîchement promu gardien de prison, ou le notaire Duparquet de Christophe Gay, passé maître ès vengeance. Si Julien Dran offre son ténor vibrant à un Alfred énamouré, Guillaume Andrieux est un Gaillardin qui s’inscrit sans faillir dans la dynastie des cocus ridicules. Une mention spéciale pour le comédien Eddy Letexier, alias Hoël, roi d’Armorique dans la série Kaamelott, impressionnant gardien de prison, dont l’aversion pour le chant le dispute à la claudication.

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Source du contenu: www.lemonde.fr

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