AccueilCultureAu Musée Gainsbourg, un énigmatique tableau peint par le chanteur refait surface

Au Musée Gainsbourg, un énigmatique tableau peint par le chanteur refait surface

« Les Enfants au square », une des rares toiles de Serge Gainsbourg exposée au Musée de la rue de Verneuil, à Paris.

Novembre 2015, Juliette Gréco explose. Une colère d’un noir Gréco : décoiffante. « Son » tableau a disparu. Dans la grande demeure de pierre de Verderonne, dans l’Oise, c’est le branle-bas de combat. « Je suis très malheureuse, j’ai l’impression qu’on m’a arraché un petit morceau de ma vie », se désole la chanteuse alors âgée de 88 ans, qui vit dans la campagne isarienne avec son mari, le pianiste et compositeur Gérard Jouannest. C’est le désordre dans cette maison où circulent la famille, les collaborateurs, les journalistes, les proches, les employés, les conquis, les dévoués, les flagorneurs.

Qui a osé porter la main sur cette petite peinture au charme délavé à laquelle la chanteuse tient tant ? Ce n’est pas parce que Juliette Gréco la planque parfois sous le canapé de son bureau ou qu’elle l’oublie par intermittence qu’elle n’y tient pas. La preuve, périodiquement, la toile est rétablie sans sa majesté, posée en évidence sur une cheminée. « En fait, on n’y faisait pas toujours très attention, commente Irmeli Jung, photographe et amie de longue date de Juliette Gréco. Un petit format pas trop moche, mais vague, avec peu de couleur », toujours posé à l’inverse du sens de la lumière. Hors cadre, donc.

Quand le tableau disparaît, la maisonnée bruisse du nom du ou des coupables. Pour éviter l’embarras, on met ça sur le compte de l’âge de sa propriétaire (oublieuse). Mais Juliette Gréco a toute sa tête, elle est en tournée d’adieu. A posteriori, certains y verront les prémices de l’AVC qui va la frapper en 2016, cette même année où elle perdra sa fille unique, Laurence Marie Lemaire, emportée par un cancer.

« Il y avait beaucoup de passage chez elle et le tableau agissait pour certains comme un aimant, affirme Julie-Amour Rossini, unique petite-fille et héritière de Juliette Gréco. Comme elle n’aimait pas beaucoup la maréchaussée, elle préfère alors expédier un communiqué à l’AFP. » Celui-ci contient un ultimatum : « Je donne quelques jours à mes voleurs pour le remettre là où ils l’ont trouvé, après je lance la machine de guerre ! » Et ça marche. Retour rapide, et miraculeux, au bercail de l’huile sur toile.

Style postimpressionniste, façon Bonnard

Du point de vue de l’histoire de l’art, l’œuvre n’a pas une grande importance, mais elle cumule quelques marques d’exception. Parce qu’elle est signée Ginsburg, le vrai nom de Serge Gainsbourg. Parce qu’elle est l’une des seules toiles que le futur chanteur, qui se rêvait peintre, n’a pas détruites ce jour de 1958 quand, comprenant qu’il ne serait pas un grand artiste, il avait brûlé la plupart de ses tableaux. Parce qu’elle met en scène un énième mystère gainsbourien. Un bout de cette mythologie dont, à force de livres, d’émissions, de coffrets collectors, de films et d’expositions, on semble tout connaître, mais qui surprend toujours. La toile raconte le Gainsbourg d’avant le mythe, d’avant Jane, d’avant Gainsbarre…

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Source du contenu: www.lemonde.fr

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