AccueilCultureAu Printemps des comédiens, Wajdi Mouawad si loin, si proche du Liban

Au Printemps des comédiens, Wajdi Mouawad si loin, si proche du Liban

Est-ce un cas avéré de censure politique ou un règlement de comptes libano-libanais qui a dérapé ? Présentée, du 7 au 9 juin, au Printemps des comédiens, à Montpellier, Journée de noces chez les Cromagnons, pièce écrite et mise en scène par Wajdi Mouawad, arrive des rives tourmentées d’un Liban qui n’a pas voulu d’elle. La création, prévue le 30 avril, au Théâtre Le Monnot, à Beyrouth, a été annulée. Une décision « difficile », prise « en raison de pressions inadmissibles et de menaces sérieuses faites au Théâtre Le Monnot et à certains artistes et techniciens (…) par certains activistes », précisait, dès le 10 avril, dans un communiqué de presse, Josyane Boulos, la directrice du lieu.

Que s’est-il passé pour que le rideau ne se lève pas ? Triste résolution d’une cabale née de la « malveillance et de la jalousie », affirme Aïda Sabra (l’une des actrices du spectacle), cette annulation découlerait, selon Wajdi Mouawad, d’une controverse « ne reposant sur rien de vrai », mais qu’aurait alimentée un « millefeuille de ressentiments entre artistes libanais ». Aiguisé par l’actualité géopolitique, le « millefeuille » s’est transformé en tenaille qui a broyé l’art entre ses mâchoires.

Lorsque l’auteur metteur en scène arrive à Beyrouth, le 5 avril, pour répéter son spectacle, il atterrit en territoire hostile. Né au Liban, en 1968, exilé depuis 1978 (ses parents ont fui la guerre civile), Wajdi Mouawad n’est pas le bienvenu. Voilà une semaine que des rumeurs enflamment les réseaux sociaux : il serait coupable de promouvoir la « normalisation » avec l’ennemi israélien. On lui reproche d’avoir accueilli, en 2023, un spectacle d’Amos Gitaï au Théâtre de la Colline, à Paris, qu’il dirige depuis 2016.

On l’accuse aussi d’avoir fait financer sa propre création Tous des oiseaux (2017), dans laquelle jouaient des Israéliens, par l’ambassade d’Israël à Paris. Il s’en est depuis expliqué : ce financement correspond à l’achat de trois billets d’avion pour le traducteur et les deux comédiens israéliens. Trois fois rien ? Beaucoup trop au regard de la loi libanaise qui, depuis juin 1955, interdit les contacts avec les Israéliens et les relations économiques avec les entreprises de l’Etat hébreu. La violation de cette législation peut être passible de trois à dix ans de travaux forcés.

« Les fruits de l’exil »

Dénonçant, dans un communiqué, les « liens et communications avec l’ennemi israélien » et le « non-respect de la loi sur le boycott d’Israël », la Campagne pour le boycott des partisans d’Israël au Liban appelle, le 3 avril, les « acteurs des distributions à se retirer » et « tous les artistes libanais libres à mener une mobilisation militante et artistique qui contribue à l’arrêt du spectacle ». Lui emboîtant le pas, le Comité des représentants des prisonniers et détenus libérés des geôles israéliennes amplifie l’offensive. Il se constitue partie civile au nom d’un groupe de prisonniers individuellement nommés, pour saisir le parquet du tribunal militaire du Liban sur les mêmes chefs d’accusation, en requérant la « suspension de la pièce et l’arrestation de Wajdi Mouawad ».

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Source du contenu: www.lemonde.fr

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