AccueilCultureAu Théâtre 14, une Camille Claudel d’ombre et de papier

Au Théâtre 14, une Camille Claudel d’ombre et de papier

Le destin tragique de Camille Claudel (1864-1943) a déjà nourri nombre de récits, littéraires (Une femme, Camille Claudel, d’Anne Delbée, Presses de la Renaissance, 1982), cinématographiques (Camille Claudel, de Bruno Nuytten, 1988, avec Isabelle Adjani) ou théâtraux. L’originalité du spectacle créé en 2014 par Les Anges au plafond tient dans le fait que Camille Trouvé et Brice Berthoud, cofondateurs de cette compagnie, ont choisi de faire entendre les mots de Camille Claudel elle-même en utilisant la correspondance de la sculptrice. En majorité des lettres écrites à sa famille, en particulier son frère Paul ; à son amant, Auguste Rodin (1840-1917) ; à ses amies Florence Jean et Jessie Lipscomb ; à ses relations professionnelles, comme le galeriste Eugène Blot.

Le titre lui-même, Du rêve que fut ma vie, est tiré d’une lettre envoyée par Camille Claudel à Eugène Blot, depuis l’asile de Montdevergues, dans le Vaucluse, où elle a été internée en 1915 : « Tout ce qui m’est arrivé est plus qu’un roman c’est une épopée, LIliade et lOdyssée et il faudrait un Homère pour la raconter. Je ne l’entreprendrai pas aujourd’hui et je ne veux pas vous attrister. Je suis dans un gouffre. Je vis dans un monde si curieux, si étrange. Du rêve que fut ma vie, ceci est le cauchemar. »

Pour permettre à ces mots de résonner au mieux sur les planches, Les Anges au plafond ont choisi une scénographie habile mêlant musique originale jouée en direct par la compositrice et multi-instrumentiste Fanny Lasfargues, avec sa contrebasse, et manipulation de papiers de différentes tailles par la comédienne Camille Trouvé. Sur le plateau, d’immenses feuilles blanches et grises sont étalées et forment une sorte de livre pop-up géant d’où Camille Trouvé fait jaillir, au fil du spectacle, des éléments de décor et des silhouettes de personnages.

Lire l’entretien avec Camille Trouvé (en 2020) : Article réservé à nos abonnés « Dans “Le Bal marionnettique”, nous voulons abolir la frontière avec le public »

Le travail étonnant pour donner vie à ces formes éphémères n’est pas sans évoquer l’art de la sculpture pratiqué en virtuose par Camille Claudel, le papier prenant la place de la glaise, du plâtre ou du marbre. Un astucieux jeu d’ombres et de lumières permet d’animer un instant cette galerie de figures de papier et de les faire disparaître aussi vite.

Passion destructrice

L’un des moments les plus marquants est indéniablement celui où Camille Trouvé se dénude pour une étreinte passionnelle avec une immense silhouette de papier, modelée à partir de son propre corps, qui représente Auguste Rodin, l’unique grand amour de l’autre Camille. De cette passion destructrice, qui a duré une dizaine d’années, la sculptrice ne se remettra vraiment jamais, la rupture avec son amant marque le début de sa lente et longue déchéance mentale et physique, qui la conduit en 1913 à l’internement, à la demande de sa famille, dans un asile psychiatrique dont elle ne sortira jamais plus jusqu’à sa mort en 1943.

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Source du contenu: www.lemonde.fr

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