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Avec « Le Silence », de Lorraine de Sagazan, les histoires naissent sur scène sans un mot

Une salve d’applaudissements et puis une vague de silence. A l’issue de la création signée par Lorraine de Sagazan au Théâtre du Vieux-Colombier, à Paris, les spectateurs sont restés immobiles. Sidérés par ce qu’ils venaient de vivre, beaucoup ont pris de longues minutes avant de se lever et de quitter les lieux. Cet accueil saisissant était à la mesure d’une représentation qui, parce qu’elle se tient dans un mutisme presque total, fait rupture dans l’histoire de la Comédie-Française.

Il est inédit, il est même disruptif, ce spectacle d’une intensité rare qui en appelle à l’esprit du cinéaste Michelangelo Antonioni (1912-2007). L’Avventura (1960), La Nuit (1961), L’Eclipse (1962), Le Désert rouge (1964), Blow-up (1966) : mentionnés par la metteuse en scène rencontrée en répétition, les films du réalisateur italien ne sont pourtant pas adaptés au théâtre, où on ne reconnaîtra pas les déambulations de Jeanne Moreau, ni celles de Marcello Mastroianni ou de Monica Vitti. En revanche, leurs intériorités tourmentées que révèle si bien la caméra d’Antonioni irriguent la toile sensible du projet de Lorraine de Sagazan.

Une épaisse moquette dorée ouate les pas des comédiens. Le plateau, en bifrontal, scinde l’assemblée en deux. Coupe franche sur un appartement bourgeois, bohème, et en désordre : siège confident, piles de 33-tours, bibliothèque, buffet, table en faux marbre, restes de nourriture, pense-bête collé sur une glace, bouteille de whisky. Dans un coin, des cartons emballés. Au-dessus du mobilier, un écran vidéo. Tranquille mais vif, sa truffe furetant dans ce décor feutré et cosy, un chien se balade où bon lui semble, sans se préoccuper du public.

La lumière éclaire cinq protagonistes : un couple de parents (Marina Hands et Noam Morgensztern), la sœur du mari (Julie Sicard), un ami écrivain (Stéphane Varupenne). A la marge de ce quatuor, l’acteur Baptiste Chabauty, les bras ballants, observe. Quoi donc ? Les spectateurs, qui, pour leur part, scrutent un drame dont ils pistent les mobiles, l’œil à l’affût d’indices distillés au compte-gouttes durant l’heure vingt que dure la représentation. Photos sous cadre, yaourt, petit-suisse, livres (La Révolution copernicienne, La Fabrique des rêves…), vidéos furtives de Jérémie Bernaert ou musiques anxiogènes de Lucas Lelièvre : tout ce qui est en place fait sens. « Nous donnons de l’importance à l’insignifiant. Le spectateur est dans la position d’un enquêteur dont le parcours est jalonné par des moments-clés », expliquait la metteuse en scène. Au public d’agencer, à sa guise et selon son tempo interne, les pièces d’un puzzle dont le dessin se précise peu à peu.

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Source du contenu: www.lemonde.fr

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