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De Rothko le peintre à « Rohtko » la pièce, l’art en question à l’Odéon-Théâtre de l’Europe

Quel spectateur sommes-nous face à l’art ? La question se pose devant Rohtko, du Polonais Lukasz Twarkowski dont on découvre le travail en France, proposé aux Ateliers Berthier de l’Odéon-Théâtre de l’Europe, à Paris. Un spectacle de quatre heures, avec entracte, dont la durée est vécue par certains dans la jubilation tandis que d’autres la subissent avec résignation et que quelques-uns désertent la salle à la pause, rompant la rencontre avec un artiste polonais inconnu au bataillon. La création est pourtant à ne pas rater.

Né en 1983, Twarkowski est un vidéaste, créateur d’installations et de performances multimédias dont les productions, précise le programme, « utilisent les nouvelles technologies pour brouiller la frontière entre réel et illusion » et créer « des réalités virtuelles où les places de l’acteur et du spectateur sont renégociées ». Il est, depuis une quinzaine d’années, le collaborateur artistique de son compatriote Krystian Lupa (dont on peut voir, jusqu’au dimanche 4 février, à l’Odéon-Théâtre de l’Europe, dans le 6e arrondissement, Les Emigrants, d’après W. G. Sebald).

Mais reprenons : quel spectateur sommes-nous face à l’art, lorsque l’art est lui-même en question sur la scène du théâtre, dans un spectacle qui s’épanche outrageusement à coups d’images vidéo filmées caméra à l’épaule, de gros plans sur le visage des acteurs, de propos discursifs sur la valeur symbolique ou marchande des œuvres, leur caractère figuratif, virtuel, conceptuel et/ou relationnel, les lignes troubles entre copie et original, factice et authentique ? Une déferlante de thèmes sursature ainsi une représentation volubile dont le titre est un leurre.

Trébuchement orthographique

Le peintre Mark Rothko n’est pas le héros d’un biopic. Pas davantage l’objet d’une thèse où s’analyserait comment et pourquoi il est devenu ce maître de l’abstraction dont les toiles s’exposent actuellement à la Fondation Louis Vuitton, à Paris. En revanche, l’altération de son nom (Rothko en Rohtko) délivre un indice de taille. Joué en anglais, en chinois et en letton (surtitré en français) par douze acteurs épatants, écrit par la plume survoltée de l’autrice polonaise Anka Herbut, le spectacle que déploie Lukasz Twarkowski s’insinue dans ce trébuchement orthographique.

Placé après son « t », le « h » de Rothko vaut de l’or. Placé avant, il ouvre non seulement la porte au théâtre mais à une contestation tous azimuts des contextes (financier, politique, humain, esthétique) qui entourent l’art contemporain. Qui atteste du génie d’une œuvre aujourd’hui, s’interroge ainsi l’un des personnages : le créateur, le marchand, le musée ou le collectionneur ?

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Source du contenu: www.lemonde.fr

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