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Guille et Belinda, des enfants de la pampa qui grandissent sous l’objectif d’Alessandra Sanguinetti

De quoi est fait le temps qui file, celui qui projette les années au goût éternel de l’enfance, vers la fugace adolescence, puis, sans crier gare, vers l’âge adulte ? Des jeux, l’attente, des saisons, des bougies, un bébé. De leur village situé dans la province de Buenos Aires, à 220 kilomètres au sud de la capitale, Guillermina et Belinda, deux cousines complices, vivent et changent sous le regard de la photographe américaine ayant grandi en Argentine Alessandra Sanguinetti.

L’épaisseur des images se mesure en décennies. La photographe de 55 ans, membre de l’agence Magnum, commence à suivre les deux enfants en 1998, lorsqu’elles ont 9 ans. Régulièrement, elle leur rend visite, jusqu’à aujourd’hui. « Guille » et Belinda sont désormais trentenaires.

Ce travail, Les Aventures de Guille et Belinda, est exposé à la Fondation Henri-Cartier Bresson jusqu’au 19 mai. Le corpus photographique a déjà donné matière à deux livres : The Adventures of Guille and Belinda and The Enigmatic Meaning of their Dreams (« les aventures de Guille et Belinda et l’énigmatique sens de leurs rêves », Nazraeli Press, 2010, non traduit), et The Adventures of Guille and Belinda and The Illusion of an Everlasting Summer (« les aventures de Guille et Belinda et l’illusion d’un été éternel », Mack, 2020, non traduit).

«  Pleines d’amour, d’espièglerie, de liberté »

« Elles sont pleines d’amour, d’espièglerie, de liberté », observe Alessandra Sanguinetti. Comme tous les enfants, les cousines jouent. Et déclinent les parodies, par genres. Au rayon film d’action, une Belinda gangster vise d’un revolver en plastique sa cousine dans le rôle de la victime implorante. Ou peut-être s’agit-il d’une voleuse prise en flagrant délit ?

Dans cette période située vers la sortie de l’enfance, elles enfilent colliers et bracelets. De lourds pendentifs encadrent le visage encore juvénile de Belinda, regard vers un objectif tenu par une femme de vingt ans son aînée, à qui elle semble signifier que tous ces simulacres ne sont rien d’autre que la répétition de la vie adulte.

Comme les santons d’une crèche de Noël, les cousines posent, l’une ange, l’autre Vierge Marie un poupon-Jésus dans les bras. Une poignée d’années plus tard, on voit Belinda, 17 ans, allaitant son premier enfant. « Leurs jeux relèvent aussi de la prophétie », remarque Alessandra Sanguinetti.

« Protagonistes de leur propre vie »

Ludiques, oniriques, créatives, les cousines et la photographe mêlent leurs regards. La photographe revient d’un voyage à Londres avec, dans ses valises, une image d’Ophélie, une peinture du Britannique John Everett Millais représentant le personnage shakespearien dans une rivière juste avant sa noyade. Les cousines revisitent l’instant tragique, elles aussi des fleurs dans les mains et flottantes sur l’eau, mais calmes et solidement ancrées dans la vie.

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Source du contenu: www.lemonde.fr

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