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« Je ne suis pas chinetoque », sur France 5 : enquête sur un racisme « sournois » et « décomplexé »

FRANCE 5 – DIMANCHE 4 FÉVRIER À 21 H 05 – DOCUMENTAIRE

Connue des téléspectateurs pour avoir officié sur plusieurs chaînes – elle intervient actuellement sur France 5 dans « C à vous » et sur FranceTVinfo –, Emilie Tran Nguyen, 38 ans, est française, de mère algérienne et de père vietnamien. Ses grands-parents paternels ont fui Saïgon sous les bombes et sont arrivés en France avec leurs enfants en 1956. Elle a été élevée à Clermont-Ferrand, où son père tenait un restaurant, Le Pousse-Pousse.

A l’école, elle a subi les moqueries dans la cour de récréation – « bol de riz », « chinetoque », « face de citron ». Des mots, dit-elle dans son documentaire où elle s’exprime à la première personne, qu’elle entend encore parfois aujourd’hui, et qui l’ont poussée à mener une enquête sur « cette forme de racisme ambiant, toléré », qui frappe celles et ceux dont l’apparence physique rappelle l’origine asiatique de leurs ascendants.

La journaliste a interrogé des membres de sa propre famille – séquences touchantes avec sa grand-mère, qui préfère parler cuisine quand elle la questionne sur un passé qu’on imagine douloureux –, des personnalités connues, tels l’acteur Frédéric Chau ou la drag-queen Kitty, des personnes de toutes professions témoignant des vexations subies au quotidien, et des militants engagés contre les violences dont sont victimes des membres de la communauté. Notamment depuis l’apparition du Covid-19 : « On est passé de minorité modèle à minorité coupable », résume Isabelle Le, directrice de communication. A la différence des générations précédentes, qui ont essuyé maltraitances et moqueries en silence, la génération des 30-40 ans prend désormais la parole : « Nous ne pouvons plus nous taire », affirme Emilie Tran Nguyen.

Clichés et préjugés des médias

La journaliste conduit son enquête en suivant un fil qui se révèle pertinent : comment les médias ont contribué à ce « racisme ambiant », en véhiculant clichés et préjugés sur cette communauté qualifiée de « docile », de « soumise », de « travailleuse ». Des commentaires pas toujours négatifs, mais qui stigmatisent une population de manière globale, niant les individualités. « Les gens ne prennent pas forcément conscience que cela peut être blessant », réagit ainsi Cathy Nguyen, sage-femme.

Des images d’archives sont glissées entre les témoignages : un reportage sidérant tourné en 2002 à la mairie de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), où l’on voit Isabelle Balkany, adjointe au maire, interpeller un employé municipal qu’elle surnomme « Grain de riz » parce que, dit-elle, « son nom est trop difficile à prononcer et que c’est plus drôle » ; Michel Leeb coiffé d’un chapeau oriental mimant grossièrement un Japonais face à un Michel Drucker hilare ; Jacques Martin s’esclaffant, dans « L’Ecole des fans », face à un enfant aux traits asiatiques qui lui dit manger des frites et pas du riz avec des baguettes…

La presse écrite n’est pas en reste, comme l’illustre la « une » du journal La Charente libre barrée de ce titre : « Des Chinois derrière nos bureaux de tabac ». Ou cette enquête du Point d’août 2012 titrée « L’intrigante réussite des Chinois en France », truffée de termes insultants, qui valut à l’hebdomadaire une condamnation pour diffamation en 2014. Interrogé, le directeur de la publication de l’époque, Franz-Olivier Giesbert, s’en excuse : « Soyons francs, on n’aurait jamais écrit ça sur les juifs, sur les Arabes ou sur les Noirs. » Illustration d’un « racisme sournois », comme le qualifie Frédéric Chau, « un racisme où on peut se permettre d’être décomplexé ».

Je ne suis pas chinetoque, documentaire d’Emilie Tran Nguyen, réalisé par Jessica Bagic (Fr., 2024, 90 min). En replay sur France.tv jusqu’au 28 janvier 2025.

Source du contenu: www.lemonde.fr

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