AccueilCulture« La Bête » : Bertrand Bonello filme un voyage mental au cœur de l’impasse...

« La Bête » : Bertrand Bonello filme un voyage mental au cœur de l’impasse amoureuse

L’AVIS DU « MONDE » – À NE PAS MANQUER

La Bête marque un retour à la « grande forme » pour l’œuvre hétéroclite de Bertrand Bonello (L’Apollonide, souvenirs de la maison close en 2011, Saint Laurent en 2014), orfèvre formaliste du cinéma français. Il intervient après deux petits films de transition qui semblent en avoir constitué le laboratoire : Zombi Child (2019), essai de série B de possession vaudoue, puis Coma (2022), plongée dans l’inconscient des réseaux. Leurs recherches sur le rêve, le vertige virtuel, l’imaginaire cauchemardesque innervent La Bête en profondeur et y trouvent un aboutissement inouï.

Ce nouveau film est la deuxième adaptation française en peu de temps, après La Bête dans la jungle, de Patric Chiha (sorti en août 2023), de la nouvelle éponyme de Henry James (1903), colloque sentimental chaste et sans issue dans les salons de l’Angleterre édouardienne. Bonello en tronque le titre (il n’en garde que l’attaque menaçante) et étend le récit à un espace-temps démultiplié.

Le récit se partage en trois époques, entre lesquelles circule un même personnage, Gabrielle, joué par Léa Seydoux. En 2044, dans un futur proche intégralement pris en charge par l’intelligence artificielle, la jeune Parisienne, qui peine à trouver un emploi, doit pour cela se soumettre à un programme visant à « nettoyer » les traumas de ses vies antérieures. Sur la table d’opération, la voilà replongée en 1910, dans les salons de la Belle Epoque, en épouse passablement ennuyée d’un prospère industriel fabricant de poupées, et à ses heures pianiste d’avant-garde.

Lors d’une soirée, la Gabrielle mondaine fait la rencontre de Louis (George MacKay, venu en remplacement de Gaspard Ulliel à la suite de son décès prématuré), jeune homme rêveur auquel elle fait part d’une angoisse persistante : son pressentiment d’une catastrophe imminente, peut-être liée à la crue centennale de la Seine qui surviendrait la même année, peut-être pas. De loges à l’opéra en jardins d’hiver, le conciliabule s’installe dans le temps. Gabrielle tombe amoureuse, au point même d’envisager de tout quitter, mais rien n’advient, car Louis l’idéaliste, comme le lui confie une voyante, « ne peut faire l’amour que dans ses rêves ». La rencontre adviendra par trois fois : dans le passé, dans le futur et à mi-chemin, en 2014, où l’on retrouve Gabrielle à Hollywood en aspirante comédienne et courant les castings.

Un labyrinthe formel et narratif

Fort de cet argument science-fictionnel, Bonello sculpte ici un ambitieux récit en rhizome, qui progresse par strates, creuse des passages, articule les temps et les dimensions. Ainsi La Bête ne craint-il pas de se présenter à la fois comme une romance et comme une pure expérience de fiction, un labyrinthe formel et narratif. Il s’agit bien de raconter trois fois la même impasse amoureuse, dans autant de genres et de colorations différents : du mélodrame en costumes à la science-fiction épurée, dans une pente allant vers l’abstraction.

Il vous reste 55% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Source du contenu: www.lemonde.fr

dernières nouvelles

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici