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« La Ferme des Bertrand » : des paysans et des vaches en Haute-Savoie face à la caméra de Gilles Perret

L’AVIS DU « MONDE » – À VOIR

Reblochon blues. Ici, dans La Ferme des Bertrand, documentaire de Gilles Perret, point de colère, mais plutôt une douce mélancolie. Rien de comparable avec la grogne qui monte actuellement aux portes des villes, et de la capitale, le monde agricole débarquant avec tracteurs et slogans pour faire entendre ses revendications (sur les rémunérations, les accords de libre-échange), faisant trembler le ministère à quelques mois des élections européennes.

Pourtant, le film nous dit quelque chose de ce travail qui dévore le temps, et ne permet de gagner sa vie qu’au prix d’une adaptation permanente. Très peu de vacances, pas de loisirs, comment donc s’y retrouver, ou plutôt comment ne pas se perdre ? Le réalisateur engagé, auteur de Ma mondialisation (2006), Les Jours heureux (2013), La Sociale (2016), était bien placé pour filmer cette famille d’exploitants, puisqu’il les connaît depuis son enfance. Né en 1968, il habitait à cent mètres de là avec ses parents, dans la vallée du Giffre, entre Genève et Chamonix.

Gilles Perret allait rendre visite aux trois frères, célibataires, Joseph, Jean et André, qui ont consacré leur vie à nourrir les bêtes, prenant le relais de leur père, François. Ils ont été filmés en 1972, muscles saillants et corps superbes cassant du caillou à la force des bras, dans le cadre d’un film en noir et blanc sur le monde rural de Marcel Trillat, destiné à la télévision.

Vingt-cinq ans plus tard, en 1997, Gilles Perret avait ouvert un nouveau chapitre, en couleurs (Trois frères pour une vie), en retrouvant les trois hommes aux cheveux blanchis, sur le point de passer la main à d’autres membres de la famille, Hélène et Patrick, et plus tard leur fils Marc, etc. Il ne fallait pas rater 2022, le moment où Hélène allait prendre sa retraite, et voilà chose faite : La Ferme des Bertrand vient boucler la boucle dans un film de montage mêlant des extraits des deux films précédents à un dernier opus à l’image numérique, un peu trop lisse pour ne pas jurer parfois avec le grain de la pellicule.

Vivre avec son temps

Le film s’ouvre sur la dernière technologie acquise dans l’exploitation : des robots de traite ont remplacé l’homme et lui épargnent de la fatigue et des douleurs articulaires. Le lait part ensuite pour faire du reblochon. Pour habituer les vaches au bruit, on leur met de la musique. « Parce que les vaches sont peureuses. Et quand elles ont peur, elles ne donnent pas de lait », dit Hélène, qui a passé des années à faire la traite, et estime qu’il faut vivre avec son temps. L’alimentation des bêtes est, par ailleurs, automatisée : elles sont équipées de colliers magnétiques, lesquels sont détectés dès que l’une d’elles entre dans un périmètre précis. Chacune reçoit alors sa dose de céréales…

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Source du contenu: www.lemonde.fr

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