AccueilCulture« L’Autre Voyage » à l’Opéra-Comique, le fantôme lyrique de Schubert prend forme

« L’Autre Voyage » à l’Opéra-Comique, le fantôme lyrique de Schubert prend forme

Orfèvre dans le registre de la miniature vocale, plus souvent dramatique que lyrique, comme en témoignent quelque six cents lieder, Franz Schubert (1797-1828) n’est pas parvenu à s’imposer dans le domaine scénique, qui requiert la maîtrise de la grande forme, en dépit d’une vingtaine de tentatives (opéras et mélodrames), pour la plupart inachevées. Invité à se pencher sur ce paradoxe dans le cadre d’une nouvelle production commandée par l’Opéra-Comique, Raphaël Pichon (spécialiste de la relecture des œuvres anciennes) a minutieusement étudié le legs schubertien voué à l’oubli et n’y a trouvé qu’« un corpus lacunaire, peuplé de fantômes ».

Plutôt que d’envisager l’improbable réhabilitation d’un ouvrage nécessairement à compléter, puisque laissé en plan par le compositeur, le chef de l’ensemble Pygmalion a décidé d’en concevoir un, inédit par son argument mais authentiquement schubertien par sa matière première, intitulé L’Autre Voyage.

Pour donner forme à ce spectacle, à l’affiche de l’Opéra-Comique, à Paris, jusqu’au 11 février, Raphaël Pichon a découpé au scalpel des œuvres d’origines très diverses (opéras, musique sacrée, pages instrumentales, lieder) avant de juxtaposer les prélèvements à la manière d’un patchwork. Tailler dans la chair inerte qui repose sur sa table de travail, c’est exactement ce que doit faire l’Homme (personnage principal de l’histoire) qui ouvre véritablement les débats de L’Autre Voyage, après un prélude intemporel à caractère poétique (femme au rouet) et une scène mimée (découverte d’un corps dans un talus).

Recherche du dédoublement

L’action se déroule alors dans une morgue où le médecin légiste a la désagréable surprise de voir dans le mort son propre visage. « Qui suis-je ? », se demandera-t-il après une séance d’« auto-psy » (jeu de mots que nous autorise ce passage traité avec humour par l’abandon de la perruque commune à l’Homme, incarné par le baryton Stéphane Degout, à la calvitie bien connue, et au cadavre, crâne rasé), plus instructive que l’autopsie qu’il sera amené à pratiquer contre son gré.

Cette recherche du dédoublement constitue la base du travail de Silvia Costa, dont la mise en scène, à la fois cérébrale et sensible, justifie le sous-titre de « Tableaux lyriques sur des musiques de Franz Schubert » associé à L’Autre Voyage. Périple de toute une vie, effectué à rebours depuis son point terminal, le drame conjointement imaginé par Raphaël Pichon et Silvia Costa évolue sur un fil, au propre comme au figuré.

Fil narratif qui vaut à la mort de passer rétrospectivement du père (le médecin légiste) à l’enfant (emporté à l’aube de l’adolescence), et, dans le même temps, de l’enterrement du fils au mariage des parents, le tout sans tomber dans la mise en abyme ni dans l’imbrication des scènes comme des poupées gigognes.

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Source du contenu: www.lemonde.fr

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