AccueilCultureLe Kunstsilo, figure de proue de l’art nordique

Le Kunstsilo, figure de proue de l’art nordique

Le port de Kristiansand a désormais fière allure. Cette tranquille ville de près de 100 000 habitants à l’extrême sud de la Norvège, où affluent aux beaux jours les vacanciers venus repeupler le chapelet de petites îles rocheuses qui s’étirent au large, vient de s’offrir un musée unique en son genre, et de stature internationale, le Kunstsilo (« silo de l’art »), soit la plus grande collection d’art nordique au monde, à découvrir dans d’anciens silos à grain.

S’il arrive que de grands collectionneurs norvégiens ouvrent un musée privé, le cas du Kunstsilo est venu bousculer les usages, avec 65 % des 60 millions d’euros nécessaires à sa construction provenant de fonds privés. Le grand public norvégien a découvert à la faveur de ce partenariat public-privé, inhabituel par son ampleur, une personnalité aussi puissante que discrète : Nicolai Tangen, 57 ans, le patron, depuis 2020, du plus gros fonds d’investissement mondial, le Norges Bank Investment Management, un fonds souverain norvégien alimenté par les revenus pétrogaziers du pays.

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S’il fait débat, ce nouveau modèle institutionnel a été patiemment mis sur pied pendant huit ans entre l’homme d’affaires, la municipalité de Kristiansand et l’Etat, à partir d’une donation colossale de la part du collectionneur, couplée aux fonds de deux musées locaux consacrés aux traditions populaires et à l’art contemporain. Les premières discussions remontent à 2015, lorsque le financier vient de doter son propre fonds d’investissement, AKO Capital, basé à Londres, d’une fondation philanthropique à destination de l’art, de l’éducation et de l’environnement. Et, en vue de l’ouverture du musée, il crée, dès 2016, une filiale, AKO Art, afin de faire don de sa collection à sa ville natale, selon un dispositif original, qui lui permet de l’étoffer en continu : le don d’origine de 1 500 œuvres d’art s’élève ainsi aujourd’hui à plus de 5 500 pièces.

Intérieur et extérieur du Kunstsilo, à Kristiansand, en Norvège, en mai (à gauche) et mars 2024.

A la tête d’une fortune personnelle estimée à 660 millions d’euros, Nicolai Tangen n’entend en effet pas renoncer à la passion qui l’anime : au-delà du don, devenu collection publique inaliénable, c’est bien lui qui garde la main sur l’approche et l’enrichissement de la collection. Pour son grand œuvre, bâti en trente ans, le méthodique homme d’affaires s’est ainsi doté de moyens supérieurs aux capacités d’acquisition d’un musée public, et s’est entouré de quatre conseillers indépendants spécialisés dans l’art moderne de Scandinavie, de Finlande et d’Islande, aux aguets sur le terrain des successions et des ventes. In fine, il est le seul à décider de chaque acquisition, qui est ensuite transférée au musée. Lorsque le système prendra fin, à sa mort, il devrait donc laisser derrière lui un musée exceptionnellement riche, et qui porte d’ores et déjà en frontispice l’inscription « Tangen Samlung » (« collection Tangen »).

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Source du contenu: www.lemonde.fr

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