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« Les Lueurs d’Aden » : dans le Yémen dévasté, un couple face au tabou de l’avortement

L’AVIS DU « MONDE »- À NE PAS MANQUER

Un film en provenance d’Aden, vieux port du Yémen situé à la pointe sud-ouest de la péninsule Arabique, est en soi un miracle. La plupart des cinémas et des théâtres ont été fermés par les islamistes à la suite de la réunification opérée entre le sud et le nord du pays, en 1990. Dans le sillage des « printemps arabes », en 2011, les sudistes d’Aden ont tenté de reprendre le contrôle, au prix d’une guerre civile sanglante, en 2014, opposant les houthistes soutenus par l’Iran au gouvernement yéménite appuyé par l’Arabie saoudite – un nouvel accord de cessez-le-feu a été signé en décembre 2023.

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Alors, le cinéma, dans tout cela, pourrait paraître dérisoire. Mais, pour le réalisateur yéménite et sudiste Amr Gamal, tout juste 40 ans, la caméra remplit ce besoin urgent de documenter. Son deuxième long-métrage, Les Lueurs d’Aden, sélectionné à la Berlinale en 2023 (section Panorama), est un fascinant portrait d’une ville en état de déliquescence. A l’image de ce couple dont on suit les péripéties.

Journaliste à la télévision publique, Ahmed (Khaled Hamdan), père de trois enfants, n’a pas été payé depuis deux mois et fait le chauffeur de taxi en attendant. Sa femme, Isra’a (Abeer Mohammed), est enceinte d’un quatrième, et pour eux c’est la catastrophe. Ne pouvant plus payer leur loyer, ils s’apprêtent à déménager dans un appartement miteux. Ils doivent aussi économiser pour payer l’école privée, le service public n’étant plus à la hauteur.

Une force insoupçonnée

Ahmed et Isra’a n’ont plus qu’une idée fixe : mettre fin à cette grossesse non désirée. Le film questionne les croyances et le tabou de l’avortement, dans un pays où celui-ci est interdit. Quoique. Les cheikhs ont des points de vue différents, qu’ils ne s’interdisent pas d’exprimer sur les réseaux sociaux. Si certains affirment que, dès le premier jour, l’embryon est un être humain, d’autres estiment que l’avortement avant le quarantième ou le cent vingtième jour de grossesse n’est pas un péché. Quelques médecins profitent de ce flottement pour assurer des avortements clandestins, grassement payés. On ne saura jamais ce qui attend Ahmed et Isra’a, couple usé mais uni par le destin. Les deux acteurs portent avec un naturel déconcertant la lassitude sur leurs visages.

L’époux et sa femme se heurtent à tous les murs, de la clinique privée, où Isra’a essuie un refus catégorique, à l’hôpital public, où une amie proche, Muna (Samah Alamrani), officie comme gynécologue obstétricienne et considère l’arrivée de tout enfant comme une bénédiction. Le réalisateur utilise les conversations familiales, les nouvelles à la radio, les rencontres dans le taxi pour faire bourdonner l’atmosphère de crise. Au bord d’une route, des techniciens de la télévision publique osent un rassemblement pour protester, « bouches cousues » par un ruban adhésif rouge.

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Source du contenu: www.lemonde.fr

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