AccueilCulture« Prisoner », sur MyCanal : la peine à vie des gardiens dans l’enfer(mement) carcéral

« Prisoner », sur MyCanal : la peine à vie des gardiens dans l’enfer(mement) carcéral

MYCANAL – À LA DEMANDE – MINISÉRIE

En version originale, en danois, Prisoner s’appelle Hüset – « la maison ». Dans cette maison, une prison panoptique décrépite à la périphérie de Copenhague, la série s’intéresse à une catégorie d’occupants qui d’ordinaire tiennent les seconds rôles dans les fictions carcérales : ceux qui rentrent tous les jours chez eux, leur travail accompli, et qui, au total, font de plus longs séjours derrière les murs que bien des détenus.

Adapté par le showrunneur Kim Fupz Aakeson de son propre roman (on a donc affaire à une minisérie qui n’appelle pas de suite), Prisoner place quatre personnages devant des choix impossibles, ne cillant jamais devant le tragique des enjeux. Il faut un minimum d’énergie et de volonté pour accompagner les quatre gardiens au fond de l’abysse, et l’on voudrait parfois remonter à la surface. Rigorisme protestant ou perspective hobbesienne, les créateurs de la série s’y refusent, avec une puissance (parfois empreinte de maladresse) qui force le respect et – surtout – la réflexion.

Au moment où l’on découvre Gert (Charlotte Fich), la directrice, Miriam (Sofie Grabol, l’enquêtrice de The Killing), Sammi (Youssef Wayne Hvidtfeldt) et Henrik (David Dencik), ils coulent des jours routiniers dans un pénitencier régi par un ensemble de pactes tacites. Ces ententes gèrent aussi bien la ségrégation de fait entre communautés et la permanence des trafics que le recours à la violence. Si l’on se faisait quelques illusions sur la clémence et les vertus rédemptrices des régimes pénitentiaires scandinaves, les premières séquences de Prisoner suffisent à les dissiper.

Réformes imposées

L’annonce de la fermeture prochaine d’une des prisons de Copenhague et l’arrivée d’inspecteurs chargés d’évaluer quel établissement doit être fermé font voler en éclats le modus vivendi. Aakeson et ses réalisateurs, Frederik Louis Hviid et Michael Noer (qui a dirigé à Hollywood, en 2017, le remake de Papillon, c’est dire s’il s’y connaît en bagnes), détaillent les injonctions contradictoires que la société adresse au personnel pénitentiaire : elle les voudrait humains et répressifs, peu coûteux et efficaces.

Alors que l’ancien régime permettait aux deux populations de la prison de coexister en s’ignorant plus ou moins, les réformes imposées conduisent les personnages centraux à partager la vie des détenus. Trafic, désir, amitié viennent gripper les rouages de la rationalisation. Le scénario se plaît à déjouer les attentes : les courbes des carrières de Miriam, la fonctionnaire irréprochable qu’incarne Sofie Grabol, et de son collègue débutant d’origine pakistanaise (impressionnant Youssef Wayne Hvidtfeldt) vont se croiser dans le fracas d’une mutinerie.

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Source du contenu: www.lemonde.fr

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