AccueilCultureRedécouvrir Mohamed Zinet, acteur et cinéaste algérien, à la Cinémathèque

Redécouvrir Mohamed Zinet, acteur et cinéaste algérien, à la Cinémathèque

En souvenir de Mohamed Zinet (1932-1995), acteur et cinéaste algérien, la Cinémathèque française, à Paris, organise une séance en quatre films, vendredi 7 juin, à 18 h 30. Pour les générations familières du cinéma français des années 1970, Zinet, second rôle qui traverse discrètement la production nationale (chez Yves Boisset, Moshé Mizrahi, Claude Lelouch…), aura incarné la figure canonique du travailleur immigré racisé. Cela, dix ans avant le début d’une représentation plus substantielle de la communauté maghrébine en France, à travers les premiers films de Mehdi Charef, Mahmoud Zemmouri ou Rachid Bouchareb.

De cet homme frêle aux yeux de braise, sec comme un coup de trique, doté d’une moustache « gauloise » noire et fournie, le rôle le plus saisissant, inscrit dans toutes les mémoires, est celui de l’immigré qui vient venger son frère, à la fin de Dupont Lajoie (1975), d’Yves Boisset, film terrifiant qui dénonce, sans y aller avec le dos de la cuillère, le racisme ordinaire français.

Georges Lajoie, un bistrotier parisien en camping dans le Var, personnage veule et concupiscent, entend faire porter aux ouvriers arabes des environs la responsabilité du meurtre involontaire d’une adolescente qu’il a violée, et se place au premier rang de la meute qui se lance dans une ratonnade, assassinant l’un d’entre eux au passage. Le dernier plan du film voit Mohamed Zinet pousser la porte d’un café de la place d’Aligre, à Paris, tenu par Lajoie, sortir, sans mot dire, une carabine de sous son imperméable et faire feu à deux reprises sur le bistrotier derrière son comptoir. Boisset répondait ainsi à la vague d’exactions racistes qui avaient secoué, au début des années 1970, le sud de la France. Le tournage fut particulièrement tendu, menacé par des groupes d’extrême droite, et l’exploitation du film mouvementée, mais celui-ci fut un grand succès.

Une rareté

Cette image de vengeur associée à Mohamed Zinet est toutefois un peu courte, c’est ce que démontrera la séance organisée par la Cinémathèque. Elle nous fera découvrir cet homme qui fait la guerre d’indépendance dans les rangs du FLN, au sein duquel, blessé, il se lance dans une passion ancienne, le théâtre. Il jouera à ce titre dans Le Cadavre encerclé, de Kateb Yacine, puis se produira, en France et en Allemagne, dans la troupe de Jean-Marie Serreau, dans une mise en scène des Bonnes, de Jean Genet.

Et le voici, en 1965, assistant de Gillo Pontecorvo sur le film La Bataille d’Alger, prélude à sa carrière d’acteur de cinéma, que la Cinémathèque française éclaire en quatre films. Deux courts-métrages du cinéaste militant René Vautier – Les Ajoncs et Les Trois Cousins, sortis en 1970 –, fables poético-politiques stigmatisant la condition des travailleurs immigrés en France, livrés au racisme, à l’humiliation, à la précarité. Curieux mélange entre une voix off didactique et une mise en scène qui semble regarder vers l’art de la pantomime et du muet, fort prisé de Zinet, par ailleurs grand admirateur de Chaplin.

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Source du contenu: www.lemonde.fr

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