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« Rendez-vous avec Pol Pot » : le génocide cambodgien appréhendé d’une trop grande diversité de manières

L’AVIS DU « MONDE » – A VOIR

Rithy Panh, 60 ans, né à Phnom Penh, interné dans un camp de réhabilitation à 11 ans, orphelin réfugié à Paris à 16 ans, entré à l’Idhec à 21. Lorsqu’il en sort, en 1988, après l’avoir occultée, il n’aura plus de cesse que de travailler, par les moyens du cinéma, cette mémoire du génocide cambodgien.

Un chef-d’œuvre en ressort en 2003, S21. La machine de mort khmère rouge, qui offre au Shoah de Claude Lanzmann tout à la fois un tribut et une variation à nouveaux frais. Plus encore, c’est une œuvre entière – de Site 2 (1989) à Rendez-vous avec Pol Pot (2024) – qui naît de cette même volonté, obsessionnellement remise sur le métier, et dont la persistance ne semble pas avoir d’équivalent dans le monde. Plus de vingt films réalisés en l’espace d’une trentaine d’années, tous consacrés – frontalement ou, de manière plus médiate, par la fiction et plus souvent le documentaire – au génocide.

Le critique de cinéma, forcément, s’interroge. Panh n’a-t-il pas épuisé, à la longue, tous les ressorts narratifs et tous les dispositifs de mise en scène susceptibles de s’y confronter ? N’est-ce pas trop ? Et puis le critique de cinéma réfléchit deux secondes, et questionne son questionnement, à la lumière de deux faits irréductibles. Le premier est que le parcours de ce cinéaste force immensément le respect. Le second est que ce désir d’y revenir qui est le sien ne se questionne pas. Il est une donnée de son être, comme homme et comme artiste. De toute évidence, une sorte de défi porté très haut, sur la double scène de son histoire intime et de l’Histoire tout court. Il va un peu de soi, en revanche, que ses films sont – dans l’ordre sinon de la réussite, terme inadéquat en l’espèce, mais de leur intensité – sujets à variation.

Machine de propagande

Rendez-vous avec Pol Pot est à cet égard un film déconcertant, dont la diversité de ses approches, qui semble vouloir synthétiser plusieurs « manières » mises en œuvre dans ses films précédents. L’action se situe en 1978, soit trois ans après la prise de pouvoir des Khmers rouges, et le pays est d’ores et déjà victime d’un génocide et ruiné. Trois visiteurs français, dans une plus ou moins grande ignorance, ou aveuglement, de cette cause, n’en font pas moins le voyage au rebaptisé « Kampuchéa démocratique ». Il s’agit de Paul Thomas (Cyril Gueï), un photographe ; Lise Delbo (Irène Jacob), une journaliste ; et Alain Cariou (Grégoire Colin), l’intellectuel maoïste qui eut jadis en France Pol Pot comme compagnon d’études.

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Source du contenu: www.lemonde.fr

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