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« Ukraine. Sur les traces des bourreaux », sur Arte.tv : une enquête sur le terrain implacable

ARTE – MARDI 6 FÉVRIER – 20 H 50 – DOCUMENTAIRE

Bientôt deux ans depuis l’invasion d’une partie du territoire ukrainien par l’armée russe. Deux ans d’horreurs et de souffrances qui s’inscrivent dans un vaste projet mûrement réfléchi par Vladimir Poutine depuis une dizaine d’années et l’annexion de la Crimée en 2014.

Un projet qui vise non seulement à « dénazifier » le pays comme l’affirme une propagande qui ne recule devant rien, mais aussi à anéantir une culture, une langue. Quitte à déporter des enfants, afin que de jeunes Ukrainiens deviennent de bons petits Russes. Car, derrière la guerre et les combats atroces, il existe aussi un vaste projet d’assimilation forcée à la culture russe.

Expérimentées et autrices de nombreux documentaires remarquables en Russie, en Ukraine ou en Tchétchénie, Ksenia Bolchakova et Manon Loizeau ont, dès mai 2022, décidé d’aller sur le terrain collecter les preuves des crimes de guerre commis : exécutions sommaires, actes de tortures, enlèvements de civils, déportations d’enfants. Durant des mois, prenant le temps de tisser un rapport de confiance sur la durée avec des témoins de premier plan, les deux journalistes ont mené l’enquête au cœur de zones devenues tristement célèbres : Boutcha, Izioum, Kherson pour ne citer qu’elles.

Témoignage glaçant

Parmi les témoins ayant accepté de parler face caméra, Bolchakova et Loizeau ont réussi à recueillir la parole d’un ex-soldat recruté par le Groupe Wagner dans une prison russe. Et le récit d’Azamat, qui se cache désormais en Russie, fait froid dans le dos lorsqu’il évoque le « nettoyage » survenu à Bakhmout : « On a tiré sur 250 ou 300 personnes ce jour-là. » Aucun survivant.

Autre témoignage glaçant : celui de Victoria, jeune prof de maths à Izioum, enlevée puis torturée et emprisonnée durant six mois en Russie avant d’être relâchée à la suite d’un échange de prisonniers. Sans oublier celui de Nikita, soldat russe qui, après deux mois au front, témoin d’horreurs, a déserté et s’est réfugié en Espagne.

Au fil des rencontres et du retour sur des lieux ayant servi à emprisonner et à torturer (comme ces écoles et ces commissariats à Izioum), les preuves s’accumulent et démontrent que ces crimes de guerre ont été planifiés de longue date. Une préparation facilitée par la présence d’agents infiltrés dans de nombreuses villes et de « collabos », surtout dans l’est du pays.

Les preuves ? Ces listes nominatives et détaillées de personnes à arrêter datant de janvier 2022 et portant la signature du FSB, le service fédéral de sécurité de la fédération de Russie. Ou la présence sur le terrain de « spécialistes » de méthodes de tortures appartenant à des sociétés privées, venus spécialement de Russie pour faire parler et briser les témoins. Citons encore ces milliers de manuels scolaires prêts à l’emploi pour faire entrer dans la tête des petits Ukrainiens les bons principes de l’éducation à la russe. Rigoureuse de bout en bout, cette longue enquête sur le terrain se révèle implacable. Et nécessaire.

Ukraine. Sur les traces des bourreaux, documentaire de Ksenia Bolchakova et Manon Loizeau (Fr., 2023, 95 min). Jusqu’au 9 septembre sur Arte.tv.

Source du contenu: www.lemonde.fr

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