AccueilCultureDans « Longlegs », Nicolas Cage en tueur Grand-Guignol

Dans « Longlegs », Nicolas Cage en tueur Grand-Guignol

L’AVIS DU « MONDE » – À VOIR

Un an après avoir joué un Dracula mégalomane qui torturait son assistant (Renfield, de Chris McKay, en 2023), Nicolas Cage s’illustre à nouveau dans un numéro d’épouvante taillé pour accueillir sa surenchère actorale. Dans Longlegs, dont il interprète le rôle-titre, sa drôle de dégaine – visage poupon formant des petits bourrelets, tignasse à bouclettes et teint gris – lui donne un air de vieille lady floridienne qui a passé trente ans à se faire des liftings avant de finir par jeter l’éponge.

Le voir s’époumoner, dans son blouson crasseux, au volant de sa voiture – « J’aurais voulu me faire avorter pour échapper au mal de l’existence ! » – suffit à deviner le fond psychotique du quatrième long-métrage d’Oz Perkins dont il paraît utile de rappeler la filiation. Oz est le fils d’Anthony Perkins (1932-1992), rendu mondialement célèbre par son interprétation de Norman Bates dans Psychose (1960) d’Alfred Hitchcock – un garçon maltraité par sa mère, tenu éloigné des femmes et de la sexualité. Il a même joué le jeune Norman dans Psychose II… Plus d’un demi-siècle plus tard, le réalisateur offre à Nicolas Cage la possibilité de reprendre à son compte grand-guignolesque les stigmates d’une enfance brisée.

Message codé

L’histoire est somme toute assez standard. Dans les années 1990, Lee Harker (Maika Monroe, visage du cinéma d’horreur depuis le succès de It Follows, de David Robert Mitchell, en 2015), nouvelle recrue du FBI, enquête sur une série de meurtres attribuée à Longlegs. La signature de l’assassin ? Un message codé sur les scènes de crime, toutes situées dans des maisons douillettes où les enfants passent littéralement de l’enchantement au cauchemar. Alors que l’agente se découvre un lien très personnel avec le bourreau, le film rend sensible les tourments de la schizophrénie par le biais de poupées maléfiques.

Oz Perkins joue avec les apparitions de Longlegs – les fameux « coups d’effroi » ou « sauts de peur » –, multipliant les décadrages et les hors-champ comme pour résister à la menace outrancière de l’acteur. En réalité, face à ces cocasses irruptions, le film travaille l’imperceptible grâce à de lents travellings, des plans fixes, des pauses, des longs silences…

Ce thriller élégant assoit son horreur sur des effets sobres, un less is more, où seuls l’ocre et le noir donnent leurs teintes aux décors et aux personnages. On pourrait aisément qualifier l’ouvrage de moderniste pour sa beauté fonctionnelle qui refuse de se laisser prendre en otage par l’hubris cagienne.

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Source du contenu: www.lemonde.fr

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