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Afrique économie – Au Maroc, le difficile travail des éplucheuses de crevettes

Le Maroc est devenu une destination privilégiée par les industriels néerlandais pour le décorticage des crevettes grises vendues sur le marché européen, en raison du coût de la main-d’œuvre, plus faible qu’aux Pays-Bas. Sept mille éplucheuses marocaines sont ainsi employées dans les 18 usines de décorticage de crevettes du pays. Un métier difficile, mal payé et exclusivement féminin.

Avec notre envoyée spéciale à Tétouan, Nadia Ben Mahfoudh

L’activité est récente au Maroc. Elle a débuté au début des années 1990, mais s’est développée rapidement. Les crevettes font le voyage jusqu’au Royaume chérifien pour être décortiquées par les 7 000 éplucheuses marocaines. Parmi elles, Malika. « Je me réveille à 4h, je fais mes ablutions, ma prière, je mange un bout et je sors de chez moi à 5h pour prendre les transports. Et à 6h30 le travail commence », décrit-elle. Malika a la trentaine, elle est mère de deux filles de 6 et 11 ans et depuis un peu plus d’un an, c’est tous les matins le même rituel.

En arrivant à l’usine, elle enfile ses gants et ses trois ou quatre couches de vêtements pour se protéger du froid. La température dans l’usine est très basse pour conserver la fraîcheur des crevettes. « On prend un sac de crevettes, on le dépose sur une table basse, détaille-t-elle. On est quatre femmes par table. Et puis on commence à éplucher. »

Une paie au kilogramme

Pour obtenir 1 kg de chair de crevettes, il faut environ 3 kg de crevettes entières non décortiquées. « Certaines épluchent quatre kilos et demi, cinq, six ou même sept kilos par jour, précise-t-elle. Ça dépend de tes mains et de ta dextérité. Moi, je n’atteins pas les cinq kilos. Mais ça dépend aussi des crevettes. Si elles sont grosses et belles, j’arrive à bien travailler, quand elles sont toutes petites c’est plus compliqué. »

Malika et ses collègues travaillent dix heures par jour, mais sont payées au kilo de crevettes épluchées. Avec 19,50 dirhams le kilo de chaire, soit environ 1,80 euro, Malika n’atteint pas les 200 euros de salaire à la fin du mois. Le salaire minimum au Maroc est de 280 euros.

 « C’est ce décalage justement qui justifie la délocalisation. S’il n’y avait pas un décalage aussi important, il n’y aurait pas délocalisation. Les crevettes seraient décortiquées sur le territoire européen », analyse Mohamed Naji, économiste spécialiste de la pêche et chef du département d’ingénierie halieutique à l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II.

95% des 600 tonnes de crevettes pêchées chaque semaine dans la mer du Nord sont décortiquées à Larache, Nador, Tanger ou encore Tétouan, avant d’être renvoyées aux Pays-Bas puis revendues à d’autres pays européens.

Une activité attribuée aux femmes

Cette activité est uniquement pratiquée par des femmes en Tunisie. Ce qui ne déplait pas à Malika. « J’ai quitté ma montagne et je suis venue vivre près de Tétouan pour travailler et faire vivre mes filles, leur permettre d’étudier et leur assurer un meilleur avenir, explique Malika. C’est mon premier emploi et on est entre femmes, on est mieux entre nous. Les hommes ne seraient pas satisfaits de ce métier et puis ils peuvent faire d’autres boulots dans le bâtiment ou l’agriculture. »

Mais selon Mohamed Naji, cet emploi est menacé de disparaître dans les années à venir : « L’automatisation est entrée en jeu. Après plusieurs années de recherche et développement, il y a des machines maintenant pour le décorticage automatique des crevettes sans altérer la chaire. Ce sont les 7 000 emplois au Maroc qui sont menacés à terme. » Une bonne partie des industriels préfèrent pour l’instant le travail manuel, mais la réforme est en marche et l’automatisation gagne de plus en plus de terrain.

Source du contenu: www.rfi.fr

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