AccueilÉconomieAnne Krueger, économiste : « Une crise mondiale de la dette risque d’éclater »

Anne Krueger, économiste : « Une crise mondiale de la dette risque d’éclater »

Dans son dernier numéro de Perspectives de l’économie mondiale, publié en octobre 2023, le Fonds monétaire international (FMI) indique qu’une part croissante des pays ont « des niveaux de surendettement notables sinon élevés » : 56 % de ceux à revenu faible et 25 % des marchés émergents. Une crise de la dette du monde en développement se profile à l’horizon.

Des niveaux d’endettement extrêmement élevés sont généralement précédés d’une période durant laquelle les créanciers reconduisent leurs créances ou accordent de nouveaux prêts, avec des taux d’intérêt de plus en plus élevés. Il n’existe aucun moyen simple de déterminer quand cette dette devient non viable. Les analystes utilisent souvent le rapport de la dette au PIB, mais les taux d’intérêt font une grande différence. Les pays à faible revenu confrontés à des taux d’intérêt concessionnels [aux conditions avantageuses, souvent liés à des politiques de développement] peuvent avoir des taux inférieurs à ceux des économies émergentes, pour lesquelles les taux d’intérêt sont plus élevés. La structure des échéances de la dette est également importante : si la majeure partie de celle-ci arrive bientôt à échéance, les reconductions (ou réinvestissements) requises seront beaucoup plus importantes que pour les dettes à échéance plus longue.

Les emprunts des pays pauvres sont garantis si les prêts financent des activités qui produiront un taux de rendement élevé pour l’emprunteur, dont les ressources propres financent déjà des activités juteuses. Dans un tel scénario, le service de la dette peut être autofinancé, sauf chocs imprévus. Le problème est que, dans de nombreux pays, les emprunts souverains ont principalement servi à financer des dépenses à taux de rendement faibles ou négatifs, comme des stades sportifs ou des dons préélectoraux.

De telles dépenses – associées à des dettes importantes et à des déficits budgétaires – peuvent rendre les prêteurs méfiants, rendant ainsi les emprunts plus difficilement accessibles à certains pays, surtout en période de hausse des taux. Lorsque les créanciers commencent à refuser de reconduire l’encours de la dette à venir à échéance, ou lorsque le taux d’intérêt qui serait appliqué sur la dette nouvelle ou reconduite est prohibitif, une crise de la dette éclate.

Allégement et réformes

Pour de nombreuses personnes, la solution au surendettement des pays en développement semble évidente : alléger la dette des pays qui en ont besoin, afin que les paiements au titre du service de la dette puissent être réaffectés aux dépenses de services sociaux, telles la santé et l’éducation. Mais l’expérience montre qu’une telle réaffectation est loin d’être toujours garantie. Lorsque la dette des pays les plus pauvres du monde a été annulée dans le cadre de l’initiative en faveur des pays pauvres très endettés lancée par le FMI et la Banque mondiale en 1996, les réformes économiques suffisantes n’ont pas suivi. Nombre de ces pays sont à nouveau très endettés.

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Source du contenu: www.lemonde.fr

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