AccueilÉconomieAujourd'hui l'économie - Le commerce international est-il le tombeau des agriculteurs français?

Aujourd’hui l’économie – Le commerce international est-il le tombeau des agriculteurs français?

À quelques heures des annonces promises par le Premier ministre Gabriel Attal pour calmer la colère des agriculteurs, leur mobilisation reste très forte à travers toute la France. Parmi leurs griefs récurrents figurent les dégâts engendrés par la concurrence étrangère, « déloyale » selon les manifestants. Vrai ou faux ?

Dans le sud de la France, des camions étrangers chargés de produits alimentaires ont été vidés sur la route nationale 7 ce jeudi 25 janvier, par des agriculteurs en colère. Dans cette France qui s’est longtemps enorgueillie d’être le grenier de l’Europe, le tiers de l’alimentation est désormais importé. Le commerce international est perçu comme une calamité par les agriculteurs les plus en difficulté. Comme les éleveurs bovins, en perte de vitesse depuis dix ans.

Le mouvement a démarré dans le sud-ouest, parmi des éleveurs actuellement aux prises avec une nouvelle avanie, une épizootie. La production française de fruits et légumes est également en chute libre. Une baisse compensée par des importations toujours plus importantes. Même scénario dans la filière avicole. Un poulet sur deux provient de l’étranger. La France pourrait même devenir importatrice nette de lait dans les prochaines années.

Concurrence

Les premiers concurrents des Français sont européens, polonais, allemands ou espagnols, parce qu’ils sont plus compétitifs. En cette période d’inflation, le consommateur français, qu’il soit un ménage modeste ou une entreprise de restauration collective, privilégie le prix sur la qualité ou le made in France. Les normes sanitaires et environnementales sont partout les mêmes en Europe, rappelle l’économiste Sandrine Levasseur, spécialisée dans les questions européennes. Parler d’une concurrence déloyale sur ce terrain est excessif.

Les nouveaux fournisseurs de la France ont surtout un modèle économique différent, souligne l’économiste. Un modèle plus intégré, plus productiviste. Comme la ferme à 1 000 vaches très répandue dans le nord de l’Europe et rejetée en France. La libéralisation du commerce agricole européen a aussi fragilisé certaines filières en favorisant l’hyperspécialisation. Par exemple, la France exporte des veaux en Italie ou en Espagne et importe du bœuf d’Europe du Nord. « Au début des années 2000, un kilo de bœuf consommé en Europe contenait 200 grammes de viande importée, c’est aujourd’hui le double », relève Sandrine Levasseur. Une hérésie pour l’environnement et une organisation impitoyable pour les maillons faibles.

Accords de libre-échange

Les paysans français ont aussi le sentiment qu’ils sont sacrifiés dans les accords de libre-échange. Des accords qui facilitent, par exemple, l’entrée du poulet bas de gamme en provenance du Brésil. Mais qui sont aussi bénéfiques pour d’autres filières, pour les céréaliers qui exportent du blé au Maghreb. Les producteurs de vins et de fromages exportent davantage au Canada dans le cadre de l’Accord économique et commercial global (Ceta), indique la spécialiste du commerce Charlotte Emlinger. C’est aussi dans le cadre d’un accord de libre-échange que sont importés les indispensables tourteaux de soja pour nourrir les élevages de volaille ou de porc.

Et les barrières demeurent : l’Europe est encore l’un des marchés agricoles les mieux protégés. Quant aux normes environnementales exigées par l’Union européenne, elles surenchérissent les prix sur la production bas de gamme, mais elles sont aussi un facteur de compétitivité. Les produits européens sont recherchés sur le marché mondial pour leur qualité, signale l’économiste du Centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII). Un argument inaudible parmi ces agriculteurs en crise, qui voient surtout leurs revenus et leur production s’effondrer et leur métier disparaître.

Source du contenu: www.rfi.fr

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