AccueilÉconomieColère des agriculteurs : le blues des éleveurs normands

Colère des agriculteurs : le blues des éleveurs normands

La nuit promet d’être douce, ce mercredi de la fin janvier, au pied du pont de Tancarville. La pluie a cessé et la pleine lune éclaire le décor : quelques dizaines de tracteurs et deux fois plus d’agriculteurs occupent le péage d’accès au gigantesque ouvrage d’art. Fierté de la France des « trente glorieuses », le pont qui enjambe l’estuaire de la Seine offre un beau symbole pour dénoncer le malaise d’une autre fierté française, l’agriculture. Des drapeaux (tricolores ou aux couleurs des Jeunes Agriculteurs) et des slogans bricolés sur un carton (« L’agriculture, petit on en rêve, adulte on en crève ») ornent l’avant des engins. Quelques bennes ont été chargées de bottes de foin ou de pneumatiques usagés, mais l’ambiance reste paisible. Pas de dégradations, implore un leader syndical, « on n’est pas des “gilets jaunes” ».

Jean-François Chauveau, président cantonal de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles à Bolbec (Seine-Maritime), évalue la petite foule présente : peu d’éleveurs ont rejoint la barrière de péage – ils sont de moins en moins nombreux en Normandie –, peu de syndiqués, et beaucoup de jeunes. « Le mouvement rencontre un bel écho », savoure M. Chauveau, presque surpris par ce succès inattendu.

La  ferme de Jean-François Chauveau, à Beuzevillette (Seine-Maritime), le 31 janvier 2024.

Comme beaucoup, dans les syndicats ou dans les fermes, cet éleveur de 52 ans n’avait « pas vu venir » la mobilisation, étonnante par sa spontanéité et son ampleur : « C’est parti grâce à nos partenaires européens, puis à nos agriculteurs du sud de la France. » L’homme, qui a enfilé une parka par-dessus sa combinaison, avait d’autant moins deviné la bourrasque à venir que, dans son département, la Seine-Maritime, « [ils ne font] pas partie des plus malheureux. [Ils ont] encore de bons rendements et pas de problème de sécheresse ». Autour de lui, les revendications se multiplient, au risque de la confusion, mais la rancœur semble profonde. « Ça vient de loin », dit-on sur les barrages. « On n’a pas eu d’écoute », regrette Jean-François Chauveau.

Un brasero a été allumé, des bières circulent, de petits groupes se forment, où chacun, chacune s’épanche. Qui sur les « excès » de normes, les jachères et les retournements de prairies imposés, qui sur « une absence de cap », des revenus devenus imprévisibles et des fins de mois souvent difficiles. Une mosaïque de contestations et, parfois, la fameuse « goutte d’eau », la colère impossible à contenir. Pour Jean-François Chauveau, c’est un courrier reçu la veille : un recommandé, « une mise en demeure » le sommant de stopper le fonctionnement de son méthaniseur, une sorte de yourte en Inox installée dans la cour de sa ferme pour produire de l’électricité à partir du lisier. De cette infortune il parle avec des accents de lassitude, invoquant un « manque de souplesse ».

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Source du contenu: www.lemonde.fr

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