AccueilÉconomieLe travail est mis à distance

Le travail est mis à distance

Gouvernance. Les comportements des « nouvelles générations » et leurs attentes agitent et émeuvent les réflexions actuelles sur le travail. Les transformations des mentalités à l’égard de l’activité professionnelle, qu’elles se traduisent par un désengagement, une indifférence à l’égard du projet à long terme des entreprises ou un manque remarquable d’affectio societatis, sont présentées comme une caractéristique des nouveaux entrants sur le marché de l’emploi, ces « jeunes » qu’il faut arriver à comprendre pour les attirer, les intéresser et, dans le meilleur des cas, les fidéliser.

En réalité, le déclin de l’importance de l’activité professionnelle dans l’évaluation de la qualité de vie touche toutes les générations. Les plus anciennes ne se cachent pas d’attendre la retraite sans regret et les générations intermédiaires de chercher à « réduire le rythme » pour travailler moins et vivre mieux. La prise de distance à l’égard de l’activité professionnelle est globale et ne concerne pas que les jeunes français.

Elle n’est, en effet, qu’un avatar parmi d’autres de la « sociétalisation » du capitalisme. La culture de la singularité soutenue par les technologies numériques a encouragé les individus à agir de manière autonome, tout en restant reliés par des réseaux sociaux, des applications et des outils qui construisent, de façon nouvelle, des mondes communs.

Lire aussi l’enquête : Article réservé à nos abonnés Le rapport des jeunes au travail, une révolution silencieuse

Conséquence, les institutions traditionnelles (Eglises, Etats, syndicats, partis) ont été tour à tour disqualifiées au profit d’agencements directs de contacts entre les individus – échanges d’informations, collaborations et solidarités, qui, même éphémères, sont efficaces dans la mesure où elles peuvent être infiniment renouvelées. Entre les individus, il semble qu’aucun corps intermédiaire ne soit indispensable pour faire société, d’où le phénomène global de « sociétalisation » du capitalisme.

La déconsidération de l’entreprise

Ultime grande institution célébrée comme telle, notamment durant la vague dite néolibérale des années 1990, l’entreprise a été à son tour atteinte par ce processus de dévaluation symbolique avec, pour conséquence, un désinvestissement affectif et effectif à son égard. Inutile d’invoquer donc une crise de la « valeur travail » ou du sens du travail, car on continue de travailler intensément dans nos sociétés et à y trouver du sens, mais de mille manières individuelles et indépendantes : l’entreprise n’est qu’un pis-aller, souvent vécu comme un absurde système de contraintes.

Elle a elle-même encouragé sa propre déconsidération durant les trente dernières années : travail réel invisibilisé par l’obsession du résultat financier ; instabilité chronique des stratégies décourageant la fidélité des salariés ; effritement des collectifs de travail au profit de l’individualisation des performances, etc. L’entreprise n’a plus été pensée et gérée comme une communauté, mais comme une simple mécanique productive. Pas étonnant qu’elle n’excite plus la passion de ses collaborateurs.

Il vous reste 20% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Source du contenu: www.lemonde.fr

dernières nouvelles

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici