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L’industrie française au défi de l’économie de guerre

Davantage de canons, d’obus et de missiles… La France veut accélérer la production de matériel critique pour armer notamment l’Ukraine. Emmanuel Macron exhorte les industriels à gagner en rapidité et en volume et ainsi passer en économie de guerre. Simple slogan ou réalité ?

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Emmanuel Macron appelle de ses vœux l’économie de guerre depuis le salon d’Eurosatory au printemps 2022. Quelques mois après le début de l’invasion russe en Ukraine, le président français mettait la pression sur les industriels pour qu’ils accélèrent la production d’armements. Ce message, il l’a réitéré vendredi 19 janvier depuis Cherbourg : « Ce qui est attendu de chacun, c’est au fond de gagner en rapidité, en volume, en innovation et de savoir gagner aussi en rusticité de savoir faire de la série longue. Il y a eu des années confortables parfois, nous avons connu une forme d’engourdissement satisfait qui nous permettait de conserver un très haut niveau de qualité, mais cher à petits flux, ce monde ne le permet plus. » 

Et c’est notamment dans le domaine des munitions qu’il a été demandé de produire plus. Le groupe Nexter a par exemple ouvert à Bourges une deuxième ligne de fabrication d’obus d’artillerie lui permettant de doubler sa production avec désormais plus de 100 000 obus de 155 mm produits chaque année. Le canon Caesar, plébiscitée par l’Ukraine, a vu son délai de fabrication passer de 30 à 15 mois et sa cadence de production de deux à six canons par mois.

Nexter passe donc pour le bon élève de l’économie de guerre et le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, lors du lancement le 18 janvier de la coalition artillerie pour l’Ukraine, distribuait les bons et les mauvais points aux industriels : « Sur les missiles Mistral qui vous savez sont de la défense sol air de courte portée, là aussi on a des résultats qui sont spectaculaires, de 24 mois de production d’un missile, on est tombé à 15 mois. Protection du ciel, les radars GM 200 de Thalès qui sont bien connus, on est passé de 18 mois à 6 mois. Là où on a un énorme sujet, ce sont sur les missiles Aster (missiles de défense sol air de longue portée qui équipent notamment les frégates de la Marine nationale) les délais de production d’un Aster que je garde pour moi sont aujourd’hui beaucoup trop longs. »

Entraîner l’écosystème de la défense

Pour réussir le pari de l’économie de Guerre, le groupe Nexter qui produit le canon Caesar a dû embaucher et investir. Il a fallu changer le logiciel de production, reconnait Nicolas Chamussy, son PDG :« On s’est mis en ordre de bataille, pour pouvoir augmenter l’effort sur trois axes : l’augmentation du rythme de production, le volume de production et tous les efforts qu’on pouvait faire en matière d’augmentation de l’autonomie stratégique, c’est-à-dire dépendre le moins possible de pays étrangers, en tout état de cause, en dehors de l’Europe. S’agissant de Caesar, on s’est mis industriellement dans la configuration de pouvoir en produire six par mois. Ce n’est pas Nexter tout seul qui fait l’économie de guerre, mais c’est Nexter qui entraîne derrière lui, tout son écosystème industriel sur tout le territoire national. Il faut que tout le monde joue la partition en même temps. »

Et pour les industriels, ce n’est pas toujours simple de jouer cette partition alors que justement la France n’est pas en guerre, reconnait Emmanuel Chiva délégué général pour l’armement :« C’est toute la difficulté de l’exercice, effectivement, on n’est pas en guerre, mais le président de la République et le ministre des Armées nous rappellent qu’il faut chercher l’efficacité, l’optimisation, même si on n’a pas, comme on avait pu l’avoir en 1947, plus de 20% du PIB dédiés à l’effort de guerre. Charge à nous, aujourd’hui, de travailler avec les industriels pour arriver à assouplir nos procédures, pour arriver à augmenter les cadences de production. La DGA (Direction générale de l’armement) un des seuls endroits dans l’État où on doit et on peut voir loin dans l’avenir. Ce qui m’intéresse, c’est de pas préparer les guerres du passé. Il faut bien tout remettre d’équerre, c’est-à-dire revoir l’ensemble des programmes d’armement. Est-ce qu’il y a des choses qu’on doit accélérer ? Est-ce qu’il y a des choses qu’on doit arrêter ? donc de pouvoir anticiper quelles sont les tendances, quels sont les risques, quelles sont les menaces pour pouvoir se projeter dans le temps long. Je vous donne un exemple : la dépendance par exemple aux matières critiques et aux matériaux critiques. » Et en particulier la poudre et les composants électroniques dont les semi-conducteurs, des filières sous tension susceptibles de ralentir les chaines de productions.

Acheter plus pour produire plus

L’autre écueil concerne les commandes. Sans elles, pas d’investissement. L’industrie de défense, ce sont des entreprises privées, rappelle Léo Péria Peigné, spécialiste de l’armement à l’Institut français des relations internationales : « L’économie de guerre, c’est deux choses : c’est produire plus pour acheter plus, pour pouvoir alimenter un front qui va consommer du matériel et des munitions. Aujourd’hui, il semblerait que certains industriels aient fait un réel effort pour accroître leur production. Mais pour le moment, de ce qu’on observe, le gouvernement ne prend que la partie qui l’intéresse, à savoir produire plus. Mais la partie acheter plus pour le moment reste encore un peu dans les limbes. »

L’économie de guerre reste aujourd’hui essentiellement cantonnée à l’artillerie produite par Nexter et aux missiles fabriqués par MBDA. En revanche, pas d’accélération pour la construction navale, les blindés ou les avions… Dassault aviation indique même ne pas se sentir concerné par l’économie de guerre.

Source du contenu: www.rfi.fr

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