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Ubisoft : plongée dans l’ambiance « toxique » qui régnait au sein de l’entreprise

Un an d’enquête, une soixantaine de témoins, cinq gardes à vue : le dossier de plus de mille pages sur les violences sexuelles à Ubisoft, que Le Monde a pu consulter, révèle au grand jour un problème quasi systémique chez le groupe ­français, numéro trois mondial du jeu vidéo. Une quarantaine d’agressions sexuelles sont mentionnées sur une dizaine d’années, dont une écrasante majorité concerne le département de l’éditorial, chargé de la supervision créative des jeux vidéo.

Mais l’ambiance « toxique » semble s’étendre bien au-delà du pôle « édito » du sixième étage du siège de l’entreprise. La procédure pour « harcèlement sexuel », « harcèlement moral » et « agression sexuelle », avait été lancée par le parquet de Bobigny à la suite de révélations faites par Libération en 2020. Des plaintes ont été déposées à l’été 2021 par deux victimes, ainsi que par le syndicat Solidaires Informatique.

L’affaire avait poussé la direction d’Ubisoft à se séparer de son vice-président du service éditorial, Thomas (dit Tommy) François, en 2020, et le directeur créatif et numéro deux d’Ubisoft, Serge Hascoët, avait démissionné dans la foulée. Maude Beckers, avocate spécialiste des violences sexuelles au travail, avait en outre porté plainte contre la société Ubisoft France, son PDG, Yves Guillemot, la DHR monde et plusieurs personnes des ressources humaines soupçonnées d’avoir couvert les faits.

L’open space, une chambre d’adolescent

Finalement, seuls Serge Hascoët, Thomas François et Guillaume Patrux, lead game designer, sont officiellement convoqués pour une audience en vue d’un procès, mardi 6 février, au tribunal de Bobigny. « Cette procédure devrait être aux violences sexuelles et sexistes au sein d’une entreprise ce que le procès France Télécom a été pour le harcèlement moral », souligne le syndicat. Maude Beckers abonde : « Cela fait vingt-trois ans que je traite des violences sexuelles au travail, c’est la première fois que je vois un dossier d’une telle ampleur» Pour autant, l’avocate estime que, en refusant de retenir les charges contre le PDG et l’entreprise en tant que personne morale, « la justice rend des personnes individuelles responsables d’un harcèlement qui est systémique et met de côté l’­organisation d’une société qui capitalise et profite de tout ça ».

L’enquête pénale décrit l’ambiance de l’open space du service éditorial comme celle d’une chambre d’adolescent, où certains « créa » régnaient en maîtres. Ils rotaient, invectivaient les femmes, se grattaient les fesses, passaient des films porno sur haut-parleur et se faisaient livrer du shit. Certaines employées, souvent les plus jeunes et les plus précaires, étaient harcelées, notées sur leur physique et parfois agressées. L’une d’elles raconte ainsi que, lors d’un voyage d’entreprise, Tommy François arrive dans la salle de petit déjeuner et lance : « Je me suis branlé toute la nuit, c’était super ! », en sortant de sa poche son téléphone, qui diffuse un film porno.

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Source du contenu: www.lemonde.fr

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