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En pleine colère agricole européenne, la Commission lance un «dialogue stratégique» de plusieurs mois

La colère des agriculteurs monte dans plusieurs pays de l’Union européenne. Les motifs divergent : les complexités administratives, les revenus, le prix des carburants pour les tracteurs ou encore la concurrence des produits ukrainiens. Dans ce contexte, la Commission européenne lancera ce jeudi son « dialogue stratégique sur l’avenir de l’agriculture ». À quoi doivent servir ces discussions ? Sont-elles susceptibles de répondre à la crise actuelle ? 

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La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, avait promis une telle initiative dès septembre 2023, assurant qu’agriculture et protection de la nature pouvaient « aller de pair » et appelant à « moins de polarisation » autour du Pacte vert, vaste ensemble de législations environnementales… Le rendez-vous, confirmé seulement la semaine dernière, survient au moment où, entre blocages d’autoroutes et défilés de tracteurs, les mouvements de protestation touchent la France, l’Allemagne, la Roumanie ou la Pologne, après les Pays-Bas.

Avec cette opération, la Commission européenne veut mettre autour de la même table des acteurs du monde agricole au sens large : les principaux syndicats agricoles, des représentants de l’agro-alimentaire, les distributeurs, des universitaire et ONG.

Quatre grandes thématiques sont au menu : les revenus et les conditions de vie des agriculteurs, l’environnement ; l’innovation et le transfert de connaissance. Les participants seront aussi invités à travailler sur la transition de l’ensemble de la filière et le lien avec les consommateurs. « Les participants décideront jusqu’où ils veulent aller » avec des conclusions attendues « d’ici septembre », a expliqué le vice-président de la Commission Maros Sefcovic.

Pas sûr que cela apaise la grogne

Alors est-ce que cela va pouvoir apaiser la grogne ? Pas sûr… Évidemment, la discussion peut mettre de l’huile dans les rouages. Notons par exemple que dans la liste des participants figure l’organisation européenne Copa, présidée par Christiane Lambert, ancienne présidente de la FNSEA, premier syndicat agricole français, défenseur de l’agriculture productiviste et l’une des organisations qui appellent à l’action en France. Mais la temporalité n’est pas vraiment celle d’une sortie de crise. La fin des travaux est annoncée pour la fin de l’été prochain, soit après les élections européennes. « L’extrême-droite tente d’utiliser les agriculteurs comme levier politique. Il faut les défendre sans manipulation politique », s’est agacé le 23 janvier ministre espagnol Luis Planas. « Il aurait fallu que ce dialogue soit entamé quand la nouvelle Politique agricole commune (PAC) ou le Pacte vert ont été présentés », déplore-t-il. « Mais il n’est jamais trop tard si c’est mené correctement. La voix des agriculteurs doit être entendue. »

Au-delà des problèmes immédiats, l’objectif, c’est de nourrir la réflexion en vue de la prochaine politique agricole commune à horizon… 2028. Premier poste du budget européen, la nouvelle PAC, entrée en vigueur en 2023, a renforcé les obligations environnementales (diversité, jachères, haies…) tandis que l’inflation grignotait son enveloppe.

Grosse mobilisation des agriculteurs polonais

Importante journée de mobilisation pour les agriculteurs polonais, le 24 janvier. Leurs revendications sont similaires à celles des autres agriculteurs en Europe, mais leur colère vient principalement de la concurrence jugée «déloyale» venue d’Ukraine depuis le début de la guerre. Plus de 200 manifestations étaient organisées à travers tout le pays, écrit notre correspondant à Varsovie, Adrien Sarlat.

 

Le tracteur de Dariusz Woszko s’élance dans le cortège. Devant et derrière lui, plus d’une centaine d’engins agricoles qui plafonnent à 4km/h dans la petite ville de Piotrków Trybunalski. À 58 ans, ce producteur céréalier n’arrive plus à vendre sa production. Comme tous les agriculteurs présents aujourd’hui, il s’estime lésé par l’arrivée des produits ukrainiens sur le marché national depuis le début de la guerre: «Les céréales venues d’Ukraine sont tellement imbibées de pesticides qu’elles ne devraient pas pouvoir être consommées. C’est de la concurrence déloyale

Une concurrence qui mine le marché agricole polonais et s’ajoute aux autres problèmes rencontrés partout ailleurs en Europe. Janusz Terka, le coordinateur de la mobilisation est venu avec son fils qui débute dans le métier: «Si je voyais un bel avenir pour mon fils et sa génération je ne manifesterais pas là aujourd’hui. Notre génération se bat pour que la génération future puisse continuer de travailler la terre.» 

La semaine prochaine, il rencontrera le ministre de l’Agriculture pour tenter de trouver un compromis.
 

À lire aussiLe débat du jour : Agriculture : produit-on trop ?

 

(Avec AFP)

Source du contenu: www.rfi.fr

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