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En voie de disparition, la «neige rouge» étudiée des Rocheuses canadiennes aux Alpes françaises

Aussi appelée « water melon snow », pour « neige pastèque » au Canada, la « neige rouge » est une efflorescence de microalgues formant un écosystème encore méconnu qui fascine depuis des siècles, et se trouve désormais étudié par des scientifiques, des Rocheuses du Canada jusqu’aux Alpes françaises.

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De notre correspondant à Calgary,

En 1819, l’explorateur écossais John Ross part à la recherche de la route du Nord-Ouest, qui permet de relier l’océan Atlantique à l’océan Pacifique. En bordant les côtes du Groenland, il dessine de larges falaises, recouvertes de « neige rouge », un terme déjà utilisé par Aristote en son temps. Son dessin est pour l’heure l’un des rares témoignages visuels et historiques de cette bizarrerie naturelle, aussi appelée « neige pastèque » ou « sang des glaciers ».

Ce dernier nom « n’est pas nécessairement le plus pertinent, car on retrouve ce phénomène dans la neige en montagne comme sur des glaciers », nuance Éric Maréchal, chercheur au CNRS et directeur du laboratoire de physiologie cellulaire et végétale à Grenoble, depuis lequel il étudie la « neige rouge » dans les Alpes.

Écosystème extrême

La « neige rouge » fait en réalité partie d’un écosystème neige dont les variantes existent, de la chaîne de montagnes des Alpes à celle des Rocheuses dans l’ouest du Canada, en passant par le Groenland ou même le nord de l’Écosse. « Ce sont des microalgues qui se forment chaque été sur la nouvelle neige, et disparaissent ensuite. On décompte des dizaines d’espèces différentes », souligne Lynne Quarmby, professeure de biologie moléculaire et de biochimie à l’université Simon Fraser de Vancouver, au Canada.

Ce monde d’algues, qui s’épanouit chaque année, est un espace unique, où coexistent des espèces végétales, mais aussi des champignons, des bactéries et même des animaux : des tardigrades, ces animaux de l’extrême, ont été retrouvés dans de la « neige rouge ».

Et des conditions extrêmes, il y en a lorsque les algues se développent, rappelle Lynne Quarmby: « La vie parvient à émerger dans les environnements les plus extrêmes, dont la surface de la neige fait partie : la lumière y est très forte et il y fait très froid, mais ces algues arrivent à pousser. »

Mauvaise réputation

Malgré son caractère assez unique et le fait qu’elle soit connue depuis longtemps, l’intérêt du monde scientifique pour la « neige rouge » est plutôt récent. L’université de Grenoble ne s’est mise à l’étudier qu’en 2017, grâce à cinq laboratoires, dont celui d’Éric, réunis au sein du consortium Alpalga. À la même période, l’université Simon Fraser a également commencé à s’y intéresser.

Depuis, de nombreuses avancées ont été réalisées dans le domaine. Lynne Quarmby a publié, en fin d’année dernière, une étude sur la neige rouge qui conclut qu’elle peut ajouter jusqu’à 3 cm de fonte dans les régions où la neige persiste toute l’année, comme les glaciers de Colombie-Britannique. «  La neige rouge absorbe davantage de chaleur et fait fondre plus d’eau que la blanche, ce qui entraîne une plus grande croissance des cellules des algues, qui deviennent plus rouges, et absorbent plus de chaleur, et ainsi de suite », résume la chercheuse.

Cette boucle de rétroaction positive, alliée au terme négatif de « sang des glaciers », a souvent conduit à faire mauvaise presse aux algues, regrette Lynne : « On a trop souvent réduit la “neige rouge” à son effet néfaste sur les glaciers, mais il ne faut pas rejeter la faute aux microalgues. Oui, elles participent à la fonte, mais elles l’ont toujours fait. Le vrai responsable, c’est l’homme et sa consommation d’énergie fossile ».

Menacées par le réchauffement

Sans compter que les microalgues rouges pourraient elles-mêmes être victimes du réchauffement climatique. Leurs conditions de vie sont tellement sensibles qu’une augmentation des températures moyennes pourraient les empêcher d’émerger, ce qui aurait des conséquences en cascade sur tout un écosystème encore méconnu.

Cette urgence a même mis fin à la saine concurrence entre les chercheurs internationaux sur ce sujet. « Le temps nous est compté, malheureusement, on ne peut pas s’amuser à ce petit jeu. Si on veut comprendre les choses, on a besoin de mettre toutes nos forces en commun » résume Éric Maréchal.

L’université Simon Fraser et l’université de Grenoble travaillent donc main dans la main pour étudier la « neige rouge ». Par exemple, Lynne Quarmby, communique ses avancées sur l’étude du génome de son espèce d’algue, propre aux Rocheuses, à l’université de Grenoble, qui étudie une espèce plus répandue. « Obtenir des données génomiques est un effort coûteux. Comme les génomes sont très semblables, on peut combler des trous dans notre génome grâce aux résultats de Lynne », explique le chercheur du CNRS.

Éric espère aussi retrouver d’anciens échantillons de neige rouge, ramenés d’expéditions comme celle de John Ross en 1918, pour creuser un peu plus les différences de génome, et remettre de l’ordre dans les connaissances et les classifications établies sur ces espèces.

Comme souvent dans la recherche scientifique, une question en soulève dix autres : d’où viennent les algues rouges ? Comment expliquer leur répartition ? Quelles espèces abritent-elles et pourquoi sont-elles différentes selon les régions ? Des questions qui n’auront peut-être jamais de réponses, car personne ne sait si la neige continuera de rougir sous un climat mondial à +2 degrés, au moins.

Source du contenu: www.rfi.fr

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