AccueilCulture« Gonzo Parano », sur Arte Radio : une carte postale sonore de l’Amérique d’aujourd’hui

« Gonzo Parano », sur Arte Radio : une carte postale sonore de l’Amérique d’aujourd’hui

ARTE RADIO – À LA DEMANDE – PODCAST

Du son comme ça, c’est devenu si rare que nos oreilles par deux fois en ont redemandé. Parce que, et sans avoir alourdi notre bilan carbone, nous sommes, littéralement, sur la route, dans l’Amérique trumpiste et celle du fentanyl. Que ça fait froid dans le dos, mais que c’est génial. Dire alors que c’est signé Jack Souvant sur une musique originale du pianiste de jazz Benjamin Moussay.

Episode 1. Denver, Colorado, motel minable. Jack Souvant raconte comment est né ce projet. Soit Morgan Navarro, auteur-illustrateur qui lui propose, pour la collection « Embedded » des éditions Dargaud, de l’embarquer avec lui sur les traces de Hunter S. Thompson (« HST », 1937-2005), journaliste mythique, inventeur du gonzo journalism dont il donnait la définition suivante : « Le vrai reportage gonzo exige le talent d’un maître journaliste, l’œil d’un photographe-artiste et les couilles en bronze d’un acteur. Parce que l’auteur doit participer à la scène tout en l’écrivant. » Et c’est ainsi que, assumant le récit à la première personne, lui qui a davantage l’habitude de tendre, et très bien, le micro, Jack Souvant embarquait, en mars 2023, pour dix jours de tournage.

Marcher sur les traces de « HST », ça voulait dire commencer par Aspen, ancien repère de hippies devenu la montagne des milliardaires, où le journaliste avait mis fin à ses jours et où habitait encore sa veuve, Anita. Qui jamais ne répondra aux messages laissés par Morgan Navarro. Et Jack Souvant de noter à raison que HST, lui, serait probablement rentré sans y être invité.

Vague à l’âme

Les deux comparses prennent alors la route pour Las Vegas (épisode 2). Quand le dessinateur lui demande s’il a déjà pris du LSD, Jack Souvant s’interroge : « Est-ce que je suis le bon partenaire ? Je ne consomme pas. J’ai le sentiment angoissant de n’être pas le mec qu’il pense que je suis. » Après un arrêt dans une station-service surréaliste avec patron conspirationniste, ils font une halte à Kayenta, petite ville du nord de l’Arizona, située dans la réserve navajo. Là, niché dans un Burger King, se cache un musée. Ce qui impose un peu d’histoire. A partir de 1863, les Indiens navajo sont déportés au Nouveau-Mexique. Et, pendant cinq générations, les enfants amérindiens ont été arrachés à leur famille et mis dans des pensionnats : il s’agissait de « tuer l’Indien pour sauver l’homme ».

En bon journaliste « gonzo », Jack Souvant raconte ce qui le traverse en traversant cette Amérique : ses états d’âme, son vague à l’âme aussi − alors que Morgan vit sa best life (skate et pancakes), Jack se languit de sa compagne.

Mais il faut bien reprendre la route (épisode 3). Devant le Circus Circus, casino de 10 000 mètres carrés décrit par Hunter S. Thompson dans son roman Las Vegas Parano (Random House, 1971), et alors qu’on entend les machines à sous cracher des dollars, Jack Souvant avoue : « Il n’y a rien qui me touche. » Quittant Sin City plus tôt que prévu, ils mettent leurs pneus dans ceux de HST en se rendant sur la Mint 400, célèbre course en plein désert de Mojave. Là, c’est saucisses, grosses cylindrées et bonhommes épais. Autant dire que notre amoureux de Georges Perec se sent comme un poisson lâché en plein désert. Au bord de l’asphyxie même quand il commence à discuter avec certains membres de la National Rifle Association, « le grand lobby des amoureux de la gâchette ».

Zombies

Heureusement, le rêve reprend un peu de sa superbe quand ils arrivent au bord du Pacifique. Pas pour très longtemps pourtant car, à San Francisco, ce qui frappe d’abord, ce sont les « silhouettes de junkies désarticulées, transformées par les ravages du fentanyl », un opiacé (trente fois plus puissant que l’héroïne) prescrit par les médecins pour atténuer les douleurs intenses. Comme le résume Jack Souvant : « Pour 100 dollars, tu peux t’acheter un flingue, pour moins de 10 dollars, tu peux t’acheter une dose. »

Mais ce n’est pas une formule, et la description qu’il fait de ces zombies hantant le centre-ville fait froid dans le dos : « Des corps recourbés sur eux-mêmes, faméliques, penchés en avant, les bras écartés comme des oiseaux, en pleine prise du produit. » Une vision cauchemardesque que Jack Souvant ira laver posé au bord de l’océan que l’on entend au loin. Alors que les dernières vagues viennent adoucir nos oreilles, on se dit que, décidément, cela faisait longtemps que l’on n’avait entendu quelque chose d’aussi bien.

Gonzo Parano, documentaire audio de Jack Souvant, réalisé par Charlie Marcelet (Fr., 2024, 3 × 28 min). Disponible à la demande sur Arte Radio et sur toutes les plates-formes d’écoute habituelles.

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Source du contenu: www.lemonde.fr

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