AccueilInternationalEn Allemagne, l'AfD est désormais la deuxième force politique du pays selon...

En Allemagne, l’AfD est désormais la deuxième force politique du pays selon les sondages

EN CHIFFRES – Malgré un revers électoral à l’élection régionale de Thuringe, l’AFD n’a jamais été aussi bien placé dans les sondages depuis sa création. Le parti nationaliste compte en tirer les bénéfices aux élections européennes en juin.

Le début d’année 2024 a été intense sur la scène politique intérieure allemande. Après la révélation d’un plan secret de «re-migration» de millions de personnes issues de l’immigration, avec ou sans passeport allemand, élaboré par des cadres de l’AfD et des représentants de l’aile droite de la CDU en cas d’accès au pouvoir, des centaines de milliers de personnes ont manifesté dans tout le pays ces dernières semaines.

Samedi, 150.000 manifestants étaient réunis à Berlin devant le Reichstag qui abrite le parlement allemand, à l’appel de plusieurs organisations de la société civile. «Il est difficile de ne pas dresser un parallèle entre ce qui se passe dans le pays aujourd’hui et la situation de l’époque de la République de Weimar», a témoigné auprès du Figaro une manifestante, traduisant le sentiment des milliers d’Allemands qui sont descendus dans la rue depuis la mi-janvier.

Si le parallèle historique ne se vérifie pas forcément sur le fond des programmes du parti nationaliste fondé le 6 février 2013 et du parti national-socialiste qui mena Hitler au pouvoir, la progression dans les sondages – et dans les urnes – de l’AfD aujourd’hui est indéniable.

Depuis onze ans jour pour jour, le parti est passé de quelques pourcents dans les sondages à plus de 20% des voix aujourd’hui, selon les instituts de sondages allemands qui publient chaque mois, et parfois chaque semaine, une enquête sur les intentions de vote au niveau fédéral. Si le parti a perdu 2 à 3% dans les trois sondages publiés depuis la défaite de l’AfD en Thuringe, le parti nationaliste allemand maintient pour le moment son statut de deuxième force politique du pays, derrière la coalition des chrétiens-démocrates de la CDU et de leurs alliés bavarois de la CSU. Les scores se sont traduits dans les urnes avec respectivement 4,7%, 12,6% et 10,3% de voix récoltées au Bundestag en 2013, 2017 et 2021.

Crise des réfugiés et tournant de 2015

Fondée par des économistes libéraux qui s’opposaient à la politique européenne de sauvetage de la Grèce, l’Afd connaît un an après sa création, en juin 2014, un score décisif aux élections européennes en remportant 7,1% des voix. Mais le véritable tournant arrive en 2015. «La crise des réfugiés est le principal facteur de la percée de l’AfD», explique le politologue Patrick Moreau. «Le 31 août 2015, la phrase d’Angela Merkel «Wir schaffen das!» («Nous y arriverons !») devient le symbole d’une société ouverte à la misère du monde», détaille aussi le spécialiste rappelant qu’en un an, 900.000 migrants et réfugiés ont été enregistrés en Allemagne. Avec 18% des intentions de vote, le nouveau parti national populiste est à son plus haut niveau, séduisant l’électorat anti-immigration.

Géographiquement, l’AfD obtient des résultats bien plus probants dans les anciens länder (États) de la RDA. «L’inachèvement de la réunification a été un choc pour les habitants de l’Est (dû à la désindustrialisation, à l’arrivée des élites de l’Ouest aux responsabilités et au sentiment de ne pas être représenté par les partis politiques) et a entraîné un phénomène de rejet du système politique» que l’AfD capte parfaitement, explique Patrick Moreau.

Si le parti n’est pas parvenu à accéder au pouvoir en Thuringe, les prochaines élections régionales auront lieu en Saxe et au Brandebourg, où la force politique est créditée de 32% et 35% des voix, devançant à chaque fois la droite conservatrice de la CDU, selon deux sondages de Forsa paru en janvier.

Crise interne à partir de 2020

Mais à partir du printemps 2020, le parti connaît un recul relatif, qui le fait plafonner pendant plus de deux ans à la barre des 10% dans les intentions de vote. La pandémie de Covid puis la guerre en Ukraine provoquent sans doute un réflexe légitimiste dans l’électorat qui se tourne alors vers les partis historiques, installés dans les institutions aux dépens des formations contestataires.

Mais cette période est surtout le fruit d’une crise interne au parti, selon Patrick Moreau. «Il existait plusieurs courants, dont un national-libéral, à l’origine de la création du parti, et un national-völkisch (qui signifie populaire au sens ethnique) que l’on peut qualifier de racialiste. Ce dernier s’est allié avec les néoconservateurs qui représentaient la troisième ligne. Après cette bataille interne, de nombreux militants de la ligne nationale libérale sont partis, explique le politologue. Le parti s’est restructuré pour avoir une organisation commune à l’Est comme à l’Ouest».

Aujourd’hui, l’AfD revendique 40.131 adhérents contre 10.000 à sa création. «Le parti est dominé désormais par les nationaux-völkisch», souligne Patrick Moreau. Il a éclairci sa ligne en la radicalisant, avec un discours très anti-immigration, notamment celle en provenance d’Ukraine, anti-islam, anti-woke et anti-féministe. L’AfD accompagne en effet, comme souvent ailleurs en Europe, un phénomène de polarisation politique. Les régions de l’Est ont ainsi eu tendance à davantage voter pour cette droite radicale qui agglomère le rejet profond de la politique pro-ukrainienne, de la politique de vaccination du Covid, ou encore de la politique écologiste de l’État fédéral. À l’inverse, certaines régions à l’Ouest, comme le Bade-Wurtemberg, les deux Rhénanie ou le land du Schleswig-Holstein, ont vu leur score pour l’AfD diminuer.

Elections européennes

L’étonnante progression dans les sondages, historique du point de vue de ses onze années d’existence, devrait donc permettre à l’AfD d’enregistrer un meilleur score aux élections européennes de juin prochain, améliorant sa performance de 2019. Dans une enquête de l’Institut Wahlkreisprognose parue le 18 janvier, le parti est crédité de 23% des intentions de vote.

Reste à voir si les mobilisations d’ampleur nationale contre cette montée en puissance depuis le début du mois auront un impact dans les urnes. Cinq instituts de sondages ont pointé dans une dernière enquête après la défaite de l’AfD en Thuringe, une perte des 3 à 4% dans les intentions de vote.

 »
data-script= »https://static.lefigaro.fr/widget-video/short-ttl/video/index.js »
>

Source du contenu: www.lefigaro.fr

dernières nouvelles

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici