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«On va droit vers un coup d’État» : à Paris, la communauté sénégalaise s’inquiète d’un report de la présidentielle

Les manifestations se multiplient au Sénégal alors que Macky Sall souhaite ajourner le scrutin de plusieurs mois. Dans le 18e arrondissement à Paris, les Sénégalais scrutent la situation politique dans leur pays d’origine.

Les yeux rivés sur l’écran de télévision, Sérigne a à peine entamé son thiéboudiène. Le jeune homme, doudoune harnachée et collier de barbe épais, fronce les sourcils devant le portrait de Macky Sall, le président du Sénégal qui a demandé à repousser l’élection présidentielle du 25 février, déclenchant de violentes manifestations dans tout le pays. «On est de simples spectateurs ici, soupire Sérigne, né au Sénégal mais qui vit dans le XVIIIe arrondissement à Paris. On a l’impression qu’il veut faire un troisième mandat.»

Un tel report d’une élection présidentielle, qui se déroule au suffrage universel direct, serait une première depuis 1963. Les députés sénégalais ont commencé à débattre ce lundi après-midi d’un texte qui prévoit de la repousser de six mois voire d’un an, en février 2025. Le chef de l’État sortant, Macky Sall, concentre les critiques au sein de la diaspora sénégalaise de Paris, alors qu’il a passé douze ans à la tête du pays et ne peut pas se représenter pour un troisième mandat consécutif. «Il veut continuer et il a réussi à enfumer tout le monde», craint Sérigne. Dans ce petit restaurant traditionnel aux alentours du quartier Max Dormoy, l’actualité est suivie de près par les clients, même par ceux qui n’ont pas de lien direct avec le Sénégal.

Débats suivis avec attention

Dans les rues, les binationaux sont partagés à l’idée de crier leur colère et de ne pas trop s’exposer, par crainte de retombée ou pour ne pas mettre en danger les proches au pays. Quelques-uns lèvent les épaules en signe de fatalité. Tout en gérant une négociation au couteau avec une cliente, Mohammed suit la situation de près dans sa boutique de tailleur. Le cinquantenaire a vu ses enfants présents au Sénégal appelés «ce matin par l’ambassade de France» à «faire attention». «C’est une histoire compliquée, poursuit le vendeur, au sourire contagieux. Le président veut rester, mais juridiquement et politiquement, il ne peut pas ! Pour moi, il fera les six mois et il partira.»

Dans l’arrière-boutique d’un atelier de couture, Mohammed, la trentaine passée, a lancé un live des débats à l’Assemblée Nationale, tout en travaillant. Il prend des nouvelles de sa famille, sur place, «parce que quand on manifeste, on se fait arrêter facilement». Comme une partie de la jeunesse sénégalaise, il aurait aimé voir le virulent Ousmane Sonko au pouvoir. Mais ce dernier a été déclaré inéligible par le Conseil Constitutionnel, puisqu’emprisonné depuis juillet. «Ce n’est pas normal car il est bon, et j’aimais bien ses propos, affirme-t-il. On veut se battre pour la jeunesse et il était un bon leader.»

Mohammed observe les débats à l’Assemblée nationale sur une tablette.
DR

Son homonyme tailleur n’est pas de cet avis. «Il y a eu trop de violence en 2021, reprend le cinquantenaire, en faisant allusion aux dizaines de personnes tuées lors de manifestations suite aux appels de Sonko. S’il vient au pouvoir, quel message sera envoyé pour notre État de droit ? Il n’aura plus de pouvoir ni de légitimité. Et si on pousse trop les jeunes, les militaires vont étendre leur influence. Et on ne veut pas avoir le même destin que le Mali.» Le Sénégal n’a jamais connu de coup d’État, une rareté sur le continent qui en fait un îlot de stabilité en Afrique de l’Ouest.

Candidature retoquées de Wade et de Sonko

Hormis la candidature d’Ousmane Sonko, plusieurs dizaines d’autres ont été rejetées par le Conseil constitutionnel et vingt ont été validées. Un autre ténor de l’opposition a été exclu : Karim Wade, ministre et fils de l’ex-président Abdoulaye Wade (2000-2012). «Il veut revenir, il a fait l’effort de renoncer à la nationalité française pour se présenter, estime Mohammed. Ça me paraît incompréhensible de lui refuser le droit d’être candidat. Il faut éclaircir la situation. » Dans la rue, bruissent des rumeurs anonymes de «pots-de-vin» entre la présidence et le Conseil constitutionnel.

« C’est la règle du plus fort ! »

Ibrahima

À quelques pas, quelques instants après avoir pris son repas dominical dans un restaurant traditionnel, Ibrahima prend place dans son épicerie. Il s’assoupit et son regard se perd quelques instants. Crâne rasé, barbe grisonnante, le commerçant a «mal au cœur» devant la situation et n’est même pas surpris en apprenant la coupure de l’accès aux données mobiles internet à Dakar ce lundi matin. «C’est la règle du plus fort. Jusqu’ici, c’était un pays qui avait une démocratie saine, sans coup d’État, mais on y va tout droit.»

La crainte d’un basculement au-delà des manifestations n’est pas à exclure selon lui. «Si (l’ajournement) passe, ça va casser ! Les Sénégalais ne vont pas se laisser faire, il y aura des morts pour du changement. C’est le cas dans toutes les révolutions». Très ému, Ibrahima, arrivé en France en 1980, aimerait «du changement» parce que «ce sont les mêmes têtes qui tournent depuis 1976». Il tente de se montrer optimiste : «Sa manœuvre prouve son manque de confiance à l’égard de son candidat (l’actuel premier ministre Amadou Bâ). De toute manière, l’opposition va passer.»

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