AccueilCultureLa nuit de Jazz à Porquerolles pour dire l’affection à Frank Cassenti

La nuit de Jazz à Porquerolles pour dire l’affection à Frank Cassenti

La lueur orangée du soleil couchant, un fin croissant de lune et les premières étoiles dans le ciel au-dessus du fort Sainte-Agathe, sur les hauteurs de l’île de Porquerolles (Var). Il est un peu plus de 22 heures, lundi 8 juillet. Fred Poulet lit un extrait de Novecento, monologue théâtral d’Alessandro Baricco (Gallimard, 1994). Quand le narrateur, trompettiste, rejoint dans la salle de bal d’un bateau Novecento, ce pianiste qui serait né ici et n’aurait depuis jamais quitté le navire. Le temps est à la tempête, le piano devant lequel Novecento s’est installé va et vient au roulis des vagues. Le pianiste Jacky Terrasson, le guitariste Nguyen Lê et le contrebassiste Michel Benita improvisent.

Ce moment de plein engagement musicien, diction comprise, est l’un des nombreux de la soirée du festival Jazz à Porquerolles en hommage à Frank Cassenti, mort le 22 décembre 2023 à La Ciotat (Bouches-du-Rhône), à l’âge de 78 ans. Réalisateur de films (dont L’Affiche rouge, prix Jean-Vigo en 1976, Le Testament d’un poète juif assassiné, en 1988, de nombreux documentaires sur le jazz, notamment à propos de Michel Petrucciani, Sun Ra, Archie Shepp, Wynton Marsalis, Henri Texier…), metteur en scène de théâtre, musicien (contrebasse et guitare), Frank Cassenti était aussi le créateur, en 2002, et le directeur artistique de Jazz à Porquerolles, ce « festival aussi déterminé que festif, tout à son image », comme l’avait écrit notre collègue Francis Marmande dans la nécrologie qu’il lui avait consacré.

Mots d’émotion sans pathos

Frank Cassenti avait mis en scène Novecento en 2000, avec Jean-François Balmer dans le rôle du narrateur. Cassenti avait aussi fait sien le texte, le présentant à de nombreuses reprises, voix douce, se coulant dans le rythme des phrases. Comme ici, lorsque en juillet 2013, à l’église Sainte-Anne de Porquerolles, nous avions été portés par sa manière de conteur. Souvenir lointain qui ne nous avait jamais quittés. Pour cette nuit de trois heures, pensée, voulue, pour dire l’affection portée à Frank Cassenti, une vingtaine de musiciennes et de musiciens. Samuel Thiebaut, réalisateur qui a fondé avec Cassenti la société de production Oléo Films, en 2004, est dorénavant le directeur artistique du festival. « La soirée s’est construite avec l’idée que chaque artiste évoque Frank avec des compositions qu’il appréciait plus particulièrement », dit-il.

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Il y a eu des mots d’émotion sans pathos, la voix de Cassenti, diffusée à partir de courts extraits de films, et surtout de la musique, en reflet de ses passions, pour le jazz, des standards au free, la chanson, les expressions traditionnelles de bien des pays. En début de soirée, Terrasson, Benita, le trompettiste Christophe Leloil et le batteur Aldo Romano – parrain du festival – jouent deux thèmes. Dont Il Camino d’Aldo Romano, mélodie lyrique, tendre, dont le motif finit par s’entremêler entre le piano, la trompette, la contrebasse et la pulsation fluide de la frappe de Romano.

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Source du contenu: www.lemonde.fr

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