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Le prix Dior photo 2024 mise sur l’émotion à Arles

Révélation de cette 7e édition, la Taïwanaise des Beaux-Arts de Paris Chia Huang récompensée pour son travail sur deux jeunes frères autistes.

À Arles, les prix couronnent la semaine inaugurale des Rencontres et donnent le ton de ce qui compte et comptera dans l’avenir de la photo. Cet esprit des temps est un signe important, bien sûr pour les lauréats – essentiellement des lauréates, cette année – mais aussi pour une discipline qui se sent souvent distancée par l’agressive montée de l’art contemporain et de ses codes, et par un marché de l’art aléatoire. Vendredi 5 juillet au soir, l’ébullition était au fin fond du Parc des Ateliers et du royaume de la Fondation Luma, dans un nouveau lieu, la Lampisterie, entouré du jardin d’herbes folles de l’architecte et paysagiste belge Bas Smets, présent pour l’événement.

Le bâtiment clair comme un temple d’été, a été restauré façon « work in progress » avec large porte de jardin en contreplaqué et plexiglas sur les hautes fenêtres. L’espace est beau, quoique petit pour le propos qui, de ce fait, n’a pu accrocher ni textes de salles, ni cartels (livret en mains obligatoire). Il a été aménagé pour le 7e Prix Dior de la photographie et des arts visuels pour jeunes talents, derrière la Grande Halle envahie par les expérimentations de céramique de l’artiste américain de Chicago Theaster Gates.

La lauréate de ce 7e prix est la Taïwanaise Chia Huang, née en 1990. Elle représente la France car elle a été élève de l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris et de la villa Arson de Nice. Déjà exposée aux Rencontres d’Arles, au MoCA de Taïpei et au Festival Tainan Photo GAN à Taïwan, elle l’emporte avec naturel pour sa série photographique « Silence is speaking » sur deux jeunes frères autistes qui ne peuvent communiquer par le langage formel. Cette artiste a découvert leurs esquisses dans un journal taïwanais, est partie à leur rencontre à Taitung, ville de pêche et d’agriculture où ils vivent seuls, depuis dix ans, avec leur père atteint de cancer.

Elle partage leur intimité la plus extrême pendant six mois, les regarde vivre, loucher comme des chats sur les objets, mimer leurs réponses et communiquer à leur manière. Bref, photographie leur « body language » et « documente le son silencieux caché derrière leur être ». À Arles, Chia Huang, petit format énergique en sandales de moine, a accroché sur la cimaise à angle ouvert leurs dessins et ses images poignantes, sensibles et âpres, créant une œuvre à trois, lourde de sens. « J’ai absorbé leur réalité pour faire émerger les pépites cachées, les traces sacrées qui, souvent, passent inaperçues ou sont sous-estimées », explique celle dont l’œuvre poétique et volontairement hybride se confronte « aux exigences de normalité familiale véhiculées par la société taïwanaise ».

Extrait de « Silence is speaking » de Chia Huang.
© Chia Huang

Des femmes extraordinaires

Sur le thème « Face-to-face », ce 7e prix expose le travail de treize artistes sélectionnés par le jury présidé par la photographe et portraitiste Brigitte Lacombe. Autour d’elle, Marina Hoffmann, fille de la mécène et collectionneuse Maja Hoffmann et le «Ma» de Luma ; Julie Jones, conservatrice au cabinet de la photographie du Musée national d’art moderne à Beaubourg (on lui doit « Corps à corps. Histoire(s) de la photographie », plongée dans la collection Marin Karmitz); le photographe Laurent Montaron;Simon Baker, directeur de la Maison européenne de la photographie (MEP) à Paris, et Peter Philips, directeur de la création et de l’image du maquillage Dior.

Bien connu pour sa passion pour l’Asie, le fort britannique Simon Baker était doublement aux anges. Chia Huang bénéficiera d’une dotation de 10. 000 euros venant de Christian Dior Parfums. La série « Silence is speaking » sera visible à la MEP, début 2025. Ses photos ainsi que l’ensemble des travaux des treize lauréats, dont la Mention spéciale attribuée à la vidéo de Yiding Wang du Shanghaï Institute of Visual Art, sont exposés au sein de la Lampisterie, jusqu’au 29 septembre 2024. Même empathie et souffle poétique avec l’œuvre de Yiding Wang, né en 2002 à Taizhou en Chine : un jeune homme porte un pêcher en fleur sur son dos pour le replanter dans sa terre natale et ainsi honorer la dernière volonté de son père.

Ce souffle profondément humaniste où l’empathie s’imprime dans l’image, même la plus dure, se retrouve dans les autres prix qui ont marqué ces 55es Rencontres d’Arles. Fort à l’étroit dans la salle Henri-Comte qui n’est pas à la mesure de son talent, la grande photographe japonaise Ishiuchi Miyako, 77 ans, est bouleversante lorsqu’elle photographie les jupes, volants et corsets de Frida Kahlo, les vêtements seuls rescapés de Hiroshima ou les effets les plus usuels de sa mère défunte (Prix Women in Motion 2024 soutenu par Kering).

La jeune Sud-Africaine Tshepiso Mazibuko, 29 ans, a déjoué tous les pronostics en remportant le Prix de la photo Madame Figaro 2024, aussi soutenu par Kering. Ses photos, tour à tour tendres ou fiévreuses des nuits de la jeunesse des townships (« Ho tshepa ntshepedi ya bontshepe – To believe in something that will never happen ») misent sur sa vision très personnelle de l’instant décisif cher à Cartier-Bresson. Elles ont tellement été remarquées que cette hypersensible a également décroché le Prix du public, dans le cadre du Prix Découverte Fondation Louis Roederer 2024 (dont le prix du jury a été attribué à François Bellabas pour « Electronic Legacy »).

Née en 1995 dans le canton de Thokoza, à 30 km au sud-est de Johannesburg (Joburg, disent les habitués), elle parle au nom de la génération « born free », celle née depuis la fin de l’apartheid en Afrique du Sud. Toutes ces femmes sont extraordinaires.

Source du contenu: www.lefigaro.fr

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