AccueilÉconomieLégislatives 2024 : « Le budget et l’éducation, deux urgences pour les députés »

Législatives 2024 : « Le budget et l’éducation, deux urgences pour les députés »

Thomas Philippon est professeur d’économie à l’université de New York et membre du Conseil d’analyse économique. Il revient sur la situation politique française et les priorités dont les parlementaires devraient se saisir.

Un Parlement éclaté, des rumeurs de tractation et de coalition… Toute cette incertitude est-elle mauvaise pour l’économie ?

Ce n’est ni bon ni mauvais. Cela dépendra complètement de la manière de travailler de l’Assemblée. Tout le monde s’accorde sur le fait que la France est un pays divisé. Pourquoi le Parlement ne serait-il pas le reflet de cette division ? S’il était doté d’une majorité confortable, il ne serait pas représentatif de la complexité des Français. J’espère que cette situation poussera les députés à trouver ensemble des solutions face à ces divisions. Après tout, c’est ce que font les citoyens dans leur vie de tous les jours, où ils sont confrontés à des gens qui ne pensent pas comme eux. L’important est que l’on arrive enfin à mettre sur la table des débats de fond sur les priorités de court et de long termes.

Lesquelles ?

Sur le plan politique, il me semble que le message central envoyé par les électeurs est une demande de sécurité. On ne peut pas faire comme si 10 millions d’électeurs n’avaient pas voté pour le Rassemblement national. Selon sa situation sur le spectre politique, on peut vouloir une réforme de la justice ou davantage de police de proximité. Il y a matière à un authentique débat et à de vraies négociations politiques.

Sur le plan économique, je vois deux urgences qui s’imposent, même si leurs temporalités sont très différentes. La première, et la plus immédiate, est la question du budget et la deuxième, de plus long terme, est celle de l’éducation.

Peut-on imaginer un large accord sur le budget ?

Il faut d’abord séparer le constat, qui est imparable, et les mesures à prendre, qui doivent être débattues. Nous devons trouver 110 milliards d’euros par an pour réduire notre déficit et stabiliser la dette. C’est indispensable si l’on veut éviter d’y être contraint par la méfiance des épargnants, comme ce fut le cas pour le Portugal ou la Grèce, avec une austérité qui nous plongerait dans la récession et l’appauvrissement général. Avec le Conseil d’analyse économique, nous sortons [la semaine du 8 juillet] une note qui trace un chemin pour passer de trois points de déficit à un solde positif en sept ans, sans passer par la récession.

Sur ces données objectives, tous les partis devraient s’entendre, même s’ils ne sont pas d’accord sur les solutions. Un point important est que cet ajustement est parfaitement faisable. Rappelons que, à la suite de la crise financière [de 2008], le Portugal a réduit son déficit de six points en trois ans seulement, ce qui a aggravé une récession déjà sévère. L’effort français sera beaucoup moins difficile, pour peu que l’on s’y mette tout de suite.

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Source du contenu: www.lemonde.fr

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