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Chez Maison Margiela, Galliano livre un des plus beaux shows de la décennie

L’incroyable défilé de John Galliano pour Margiela Artisanal sous le Pont Alexandre III.
Giovanni Giannoni

Sous le pont Alexandre-III, jeudi soir, le génial Britannique a renversé d’émotion les 250 privilégiés assistant à sa collection inspirée par le Paris « fin de siècle » et ses créatures interlopes. Une performance de haute couture comme on n’en avait plus vu depuis longtemps.

«Tu penses que c’est ce qu’ont ressenti ceux qui ont vu les premiers défilés Galliano il y a trente ans ? », nous demande une consœur les larmes aux yeux après que les applaudissements, les cris et le bruit des pieds tapant sur le parquet ont cessé. John Galliano ne sort plus depuis longtemps pour saluer le public, mais il a dû sentir depuis les backstages que cette collection Artisanal qu’il a mis douze mois avec ses équipes à préparer, a touché au cœur les 250 privilégiés réunis, jeudi soir, dans une sorte de bistrot abandonné de la Belle Époque, reconstitué sous le pont Alexandre-III. Dans ce décor délabré de tables en bois, de billard et de guirlandes arrachées où semblent flotter les effluves d’absinthe d’un temps passé, le gratin de la mode, ceux qui ont façonné l’industrie ce dernier quart de siècle, côtoie les « icônes » d’aujourd’hui, à savoir le clan Kardashian-Jenner (la mère Kris, les filles Kim et Kylie). Avant même le début des hostilités qui commencent avec une heure de retard, la ferveur est palpable.

Leon Dame, la muse au masculin de Galliano

Enfin, le performer Lucky Love (sosie de Freddie Mercury) entame un strip-tease avant de chanter façon cabaret burlesque. Puis sur les écrans répartis dans la salle, est projeté un court-métrage en noir et blanc, curieux, où il est question de Paris la nuit, de corsets, de voleurs, de quais pluvieux. En réalité, les dernières images sont filmées en simultané et le jeune héros, le torse nu et entravé dans un corset, pénètre dans la salle – sa taille est si incroyablement fine qu’elle rappelle celle de la légendaire Polaire que croquait Toulouse-Lautrec sur scène. Ce garçon s’appelle Leon Dame, mannequin très connu des podiums de mode masculine mais aussi l’une des muses de Galliano dont il a pris l’attitude de dandy lascif et déhanché. Dans son sillage, les cocottes de Pigalle et les voleurs des catacombes ont eux aussi le visage enduit de silicone transformant leurs traits, comme des poupées de porcelaine. Un « glass skin » réalisé par la légende des make-up artists et complice du designer depuis quarante ans, Pat McGrath. Et soudain, ce qui était un défilé devient un moment hors du temps où le spectateur est projeté dans l’imaginaire et l’univers du Britannique qui n’avait pas présenté cette collection de pièces uniques Artisanal depuis juillet 2022.

Les ateliers ont mis une année à mettre au point des techniques de recyclage haute couture inédites.
Giovanni Giannoni

Cette rencontre entre la grammaire de John Galliano et l’héritage de Martin Margiela, le premier à avoir élevé le recyclage (qu’on n’appelait pas encore « upcycling ») au rang de haute couture, est simplement virtuose. Multipliant les références aux artistes « fin de siècle » de Kees Van Dongen à Brassaï, les silhouettes sont sculptées par des corsets, des cintres et des prothèses modifiant le corps. Les techniques employées sont d’une sophistication folle tel le « milletrage » pour des manteaux et des pantalons créés à partir de couches de tissus aériens finis par des tweeds ou des laines rustiques en trompe-l’œil, puis aquarellés de voilette de tulle imprimée comme « décolorée par la Lune, tachée par le tabac ou l’huile ». On ne sait où commencent et où finissent les vestes cocon rembourrées, la bourre de coton jaillissant des collants, les robes avec leurs godets, rosettes, ruchés, et dentelles incrustées. Les combinaisons jupes en tweed sont réalisées grâce à une nouvelle technique maison appelée « rétrécirage » permettant de rétrécir partiellement un vêtement « pour générer des expressions anatomiques ».

L’actrice de
Giovanni Giannoni

Un caban tiré sur la tête sous la pluie, un revers de veste relevé pour couvrir le visage, un pantalon retroussé pour éviter une flaque d’eau. Autant de gestes qui façonnent l’attitude des mannequins, incarnant merveilleusement cette chorégraphie aussi décadente qu’exubérante, peuplée de fesses, de seins et de hanches dévoilés par les sous-vêtements transparents de Cadolle, « le fournisseur de lingerie fondé par Herminie Cadolle, qui a inventé le soutien-gorge – alors appelé “corselet-gorge” – en 1889 », comme le précise le texte envoyé par la marque.

Si aucune image ne peut malheureusement rendre justice à ce show en live, il faut absolument regarder la vidéo qui tourne en boucle sur les réseaux sociaux. Beaucoup y parlent de nostalgie, celle d’une époque de la mode où les Galliano et les McQueen ont changé la donne des défilés par leur audace et leur créativité. C’était avant les it-bags, avant le marché globalisé. Merci à Renzo Rosso, président du groupe OTB auquel appartient Maison Margiela, qui a fait le pari fou d’engager le couturier sulfureux, il y a exactement dix ans. Merci à John pour ce moment.

Source du contenu: www.lefigaro.fr

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