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« Douze ans sans se voir et, d’un seul coup, des messages écrits dans la nuit. Pour se dire enfin comme ils se sont aimés sans jamais oser se le dire »

Douze ans sans se voir, sans s’écrire, sans faire ce qu’ils savaient si bien faire. Douze ans privés l’un de l’autre, de leurs heures étranges et enfantines à se tourner autour sans jamais s’approcher, respect du périmètre de sécurité. Et d’un seul coup, la voici, elle, dans son lit. Plein jour, elle dort. Elle qui dit, invariablement marrante et ­mystérieuse, qui disait déjà à 30 ans, je ne dors plus, c’est fini, ils m’auront pris ça aussi.

Face à lui, son dos d’athlète en forme de tête de sablier aux larges épaules bandées, alors que zéro pratique sportive depuis l’enfance. Il ne s’arrête pas de la regarder. Alanguie sur le flanc, une de ses mains osseuses d’adolescente rongeuse d’ongles ayant traversé les âges, enroulée sur elle-même, à l’orée de la brisure du poignet, en guise d’oreiller parfaitement inconfortable, le pied gauche émergé de sous la couette pour reprendre son souffle, son dos constellé de taches cuivrées et de grains plus obscurs.

C’est donc ainsi qu’elle dort. Sans bouger ; féline et disparue. Il a beau s’approcher, il ne l’entend pas respirer. Il se met à baliser. Et si, alors qu’ils viennent de se trouver, de faire sauter la porte blindée de leur relation à l’indémêlable ambiguïté, elle mourait ? Elle lui a dit faire des apnées du sommeil. Il se met à penser mort subite de la quadragénaire et apnée fatale. Et si elle ne se réveillait pas ?

Spray buccal fraîcheur

Douze ans sans se voir et, d’un seul coup, il y a une semaine. Lui à Marseille, elle à Paris. Vendredi. Elle se brosse les dents avec une application particulière parce qu’elle a une date. Et d’association d’idées en association d’idées, elle pense à lui. Elle se remémore une séquence passée liée à la fraîcheur de l’haleine. Une de leurs soirées dans un bar absurde dans un coin désertique de Paris, décor western de parc d’attractions, un petit train qui roule au-dessus de leurs têtes, des shots d’elle ne sait plus quoi de fort, des éclats de rire.

Elle va aux toilettes, elle revient des toilettes et elle le surprend à sortir de sa poche un spray buccal fraîcheur et s’envoyer une petite giclée dans la bouche. Dans son style rentre-dedans de brute souriante qu’il apprécie, elle le sait, mais c’est quoi ton projet ? Oublie, mec.

Rouge de honte et d’alcool, il range son petit spray. Et oubliant de voir qu’au milieu de leur danse chaotique préside peut-être un peu d’amour, ils se remettent à boire et à dire des bêtises. Et au-dessus de son lavabo, fraîcheur menthol, au moment où elle y pense, après des siècles de silence, elle reçoit un message de lui, tu vas bien toi ?

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Source du contenu: www.lemonde.fr

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