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« Et elle croit mourir. Ecrasée par un 3 tonnes qui lui fonce dessus, qui, elle le découvrira plus tard, porte le nom de honte »

Quand, au mois de juin, son père lui a annoncé que lui, l’Icône, venait passer une semaine avec eux, dans la maison de vacances familiale – dans leur maison, dans leur famille –, elle, total poker face, saluée depuis la petite enfance pour sa propension à avaler tout rond ses émotions, a laissé échapper un cri de joie. Non, mais ce n’est pas rien. C’est même tout pour elle. Le créateur de son héroïne de bande dessinée préférée, devenue meilleure amie du soir, guide des heures du jour les plus sombres, confidente secrète.

Le dessinateur des trente-six livres qu’elle collectionne religieusement depuis qu’elle a 6 ans, qu’elle a relus trois fois chacun, lui, chez elle, sept jours. Lui, cet été, sous le même toit, les yeux gonflés par la nuit au petit déjeuner, en maillot de bain mouillé, corps ­ruisselant, sur la plage, à côté d’elle, lui sortant tous les jours des mêmes toilettes qu’elle… C’est presque trop pour son jeune cœur.

Avant de partir sur la route des grandes vacances, elle insiste pour faire sa valise seule, pour la première fois, à 12 ans, il était temps ma fille, lui lâche sa mère, presque déçue qu’elle n’ait déjà plus besoin d’elle. Dans sa chambre, à genoux sur le parquet, aux pieds de son placard, gueule ouverte, elle pense chaque tenue comme une œuvre d’art. Une fois les vêtements sélectionnés, pliés, rangés, elle rassemble son matériel de ­dessin.

Sa trousse à crayons, ses carnets, ses pinceaux, de la peinture, du papier. Quand sa mère passe une tête et voit un grand taille-crayon mécanique calé entre deux tongs, elle trouve que c’est un peu exagéré : « La version de poche est plus adaptée, non ? » Elle s’accroche, c’est évidemment hors de question, elle doit être d’équerre niveau matériel, on ne sait jamais.

Une force nouvelle un peu occulte

Le grand jour advient : l’Icône débarque, un simple sac à dos pendu à l’épaule. Elle le trouve plus petit que l’homme qui siège dans sa tête. Et puis, il a l’air fatigué. Sauf quand son père est dans les parages. Là, il bombe le torse et, pour un oui, pour un non, tout devient prétexte à compétition ; une partie de boules, la préparation du dîner, à qui fait le meilleur poisson, la meilleure sauce chimichurri, qui nage le plus vite jusqu’au rocher. Elle trouve ça un peu ridicule, mais pas suffisamment pour grignoter son auréole. Il reste qui il est, pour elle.

Et en coulisse, à l’ombre derrière la maison, aux heures trop chaudes pour se mettre devant sous le soleil, autour de la table ovale, les cuisses ­collées au plastique blanc des chaises de jardin, elle dessine durant des heures, des personnages, à la chaîne, n’osant jamais rien montrer. Un jour, animé d’une force nouvelle un peu occulte, son crayon trace des cases et, en leur centre, un homme, une femme, qui se regardent, puis s’approchent, puis s’embrassent, puis s’enlacent.

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