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Haute joaillerie : Paris lance une saison bicolore

Tandis que les maisons de haute joaillerie aiment bluffer leurs clients avec des voyages féeriques aux beaux jours, les gâtant comme des princes pour mieux espérer leur vendre des bijoux très onéreux, elles misent, en janvier, sur une piqûre de rappel à Paris. Les présentations de nouveautés se déroulent dans leurs locaux cossus de la place Vendôme ou dans les salons dorés du Ritz.

Cette saison, du 22 au 26 janvier, le diamant a brillé en maître. Il donne pourtant en ce moment du grain à moudre aux maisons du secteur… Depuis le 1er janvier, l’Union européenne et le G7 ont ainsi banni l’achat de diamants russes et surtout imposé qu’à compter de septembre un système de traçabilité des diamants soit mis en œuvre, alors que la traçabilité a toujours été le point faible de l’industrie joaillière, dont les pierres sont souvent retaillées, repolies ou revendues, dans un dédale de provenances.

Partout, le diamant se voit associé à une seconde pierre translucide ou colorée (cristal de roche, émeraude, saphir, rubis, tourmaline, onyx, etc.), dessinant des pièces monochromes ou bicolores. Une tendance qui peut aboutir, selon l’interprétation des designers, à des options sobres ou nettement plus tapageuses.

Chez Repossi comme chez Armani, le bicolore accompagne une approche minimaliste. Ne résistant pas à cette manie marketing de fêter le moindre anniversaire, le premier souffle la dixième bougie de sa ligne Serti sur vide en l’enrichissant de dix-sept nouveautés. Sur des colliers cravates tout en élongation ou des bagues graphiques, on reconnaît la signature de cette gamme, des montures si discrètes que, sur les doigts, les diamants et émeraudes taillés en poire paraissent flotter comme par magie. A sa recette, Gaia Repossi ajoute, pour la première fois, des petites pierres en taille brillant et serti clos qui viennent ponctuer l’or blanc.

Bague en or jaune, rubis et diamants et bracelet en or rose, rubis et diamants, Giorgio Armani Privé Haute Joaillerie.

Egalement adepte du dépouillement, Giorgio Armani s’essaie à une collection aux sertis invisibles, laissant les pierres agglutinées les unes aux autres dans un effet de mosaïque. Cela donne des bagues bombées ; des boucles et bracelets nets et sans fioritures, comme un trait. Les diamants y sont mêlés avec un seul ton : le rouge du rubis, le vert de la tsavorite, le bleu du saphir. Une démarche bichromatique pour ce que la marque revendique comme « un luxe discret et réservé ».

Chez Louis Vuitton, aussi, Francesca Amfitheatrof s’en tient au duo diamant et pierre de couleur. Mais, dans son style anguleux et tonitruant, le résultat se fait nettement plus tape-à-l’œil. Parmi les cinquante nouveaux bijoux qui complètent sa collection inspirée par les éléments et phénomènes naturels, surgissent des graines imitées par des perles de Tahiti, des fossiles suggérés sur des colliers alvéolés et lestés de saphirs, des feuilles figurées sur des bagues ou pendentifs et accompagnées de rubis…

Poires de diamants jaunes

On pourrait croire que l’apothéose est ce ras-de-cou sensuel dont les diamants et saphirs Umba (orangé) sont positionnés en damier, une des signatures de la maroquinerie maison. Mais Vuitton en profite pour révéler la commande la plus chère jamais réalisée pour un particulier (une cliente qui tient à rester anonyme) : un collier massif alternant des diamants taillés en fleur de Monogram et vingt-trois saphirs du Cachemire. Pour appairer ces gemmes rares d’un bleu royal totalisant plus de 125 carats, les négociants auraient mis deux décennies.

Graff, aussi, doit sa renommée à des pierres volumineuses et si acidulées que l’on croirait des bonbons. Avec ses vingt-sept nouveautés, le joaillier londonien poursuit sa démonstration de force, à faire frétiller les collectionneurs : les diamants sont rehaussés d’émeraudes colombiennes en losange, de rubis du Mozambique corpulents, de poires de diamants jaunes à vous brûler la rétine, ou d’un saphir de la taille d’un galet de 118 carats à lui tout seul !

Même Bulgari, qui aime d’ordinaire mener la dolce vita en multicolore (une création agglomère généralement de trois à six teintes), fait dans le bicolore cette saison. Manière, pour la filiale de LVMH, de draguer une clientèle asiatique qui goûte peu un trop vaste mélange de tons. Cela donne des colliers aux motifs byzantins ou inspirés de balcons vénitiens en émeraudes, reprenant des guirlandes de mythologies antiques en saphirs ou imitant un serpent s’enroulant autour du cou, en or rose et nacre.

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Chez Boucheron, Claire Choisne épure encore davantage en n’associant les diamants qu’à du cristal de roche (quelquefois dépoli), sa pierre fétiche. Cette fois, cet assemblage monochrome sert à faire naître divers bijoux d’apparat traditionnels qu’elle réinterprète en vingt-sept pièces avec son approche innovante, toujours stimulante. « Frédéric Boucheron était fils de drapier : nœuds, pompons et passementeries ont nourri son univers », rappelle la directrice des créations, qui donne corps à un collier cravate comme à un nœud gros-grain qui dévale du décolleté, à de sublimes boutons précieux qui s’accrochent à la veste, à des médailles à épingler au revers, à une aiguillette en or blanc tressé ou à une paire de bracelets à motifs rosaces qui peuvent aussi devenir des épaulettes… « Ces symboles d’apparat étant traditionnellement masculins, l’enjeu a été de leur apporter de la féminité », explique Claire Choisne, qui réussit son coup.

Dans ce paysage de la place Vendôme dominé par les propriétés de Richemont, LVMH et Kering, Rouvenat fait figure d’outsider. La maison, lancée fin 2022 par d’anciens cadres de Cartier avec l’ambition de redonner vie au patrimoine de Léon Rouvenat, un joaillier oublié du XIXe siècle, initie des bagues sur lesquelles une pierre de centre (spinelle, grenat, tanzanite…) est encadrée de diamants. Ailleurs, sur des pendentifs carrés en argent noirci, parcourus de ferronneries luxueuses, triomphe une intaille antique (pierre gravée originellement utilisée comme un sceau) englobée dans un gros cabochon de cristal de roche mordoré ou un beau grenat d’un rouge profond. Des gemmes étonnantes à l’allure vintage, que l’on ne voit pas forcément ailleurs, et pour cause : ici, chaque pierre est de seconde main.

Source du contenu: www.lemonde.fr

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