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Jacquemus, Giacometti et le pull sur les épaules

FASHION WEEK – Ce 29 janvier, la Fondation Maeght était la star d’Instagram grâce à l’excellente collection été 2024 de Simon Porte Jacquemus, inspirée par les clichés bourgeois des années 1980 et les œuvres du sculpteur suisse.

Le pull sur les épaules, l’allure BCBG des années 1980 revue et corrigée par Simon Porte Jacquemus pour l’été 2024
Photo: Umberto Fratini / Gorunway.com

Ce lundi, c’est l’effervescence à la Fondation Maeght. La jeune responsable «réseau social » des lieux est débordée par les demandes sur Instagram depuis que le compte de Jacquemus a annoncé y présenter son défilé de l’été 2024. Après son show très « image » à Versailles en juillet dernier, Simon Porte Jacquemus opère son retour aux sources, en Provence, avec cette collection plus réelle et sophistiquée, baptisée « Les Sculptures », qu’on qualifierait (si le mot n’était pas galvaudé) de « mature ». Elle n’est pas sans rappeler le défilé Les Santons de l’été 2017, un tournant dans sa carrière, qui lui avait donné une légitimité en tant que designer et fait décoller le chiffre d’affaires. Alors à chaque fois que ce trentenaire, très instinctif, perd un peu le fil de sa création et sent son business moins conquérant (même si l’on reste sur une croissance insolente), il revient à l’essentiel, à cette fameuse saison fondatrice.

Aujourd’hui comme à l’époque, on retrouve une silhouette noire, en courbes, organique, artistique, sensuelle, tout en étant portable, pas seulement par les influenceuses qui n’ont pas froid aux yeux, ni ailleurs, mais par (presque) toutes les femmes.

200 invités à la Colombe d’Or à Saint-Paul-de-Vence

Pour la plupart des 200 invités, c’est une première à Saint-Paul-de-Vence. Alors on s’extasie, on photographie, on hashtague, le Café de la Place, les boules de pétanque, le pouce géant de César à l’entrée de la Colombe d’Or. La légendaire auberge qui vit naître les amours de Montand et Signoret a été privatisée (chose rare !) pour l’occasion. Un journaliste new-yorkais est tout de même un peu déçu d’apprendre que les Picasso et Matisse aux murs sont des copies, les originaux étant en lieu sûr. « D’ailleurs, lorsqu’ils ont vendu il y a trois mois le Miro pour 20 millions d’euros, ils ont aussi décroché le faux », raconte une connaisseuse des lieux.

Retour au tailleur à l’épaule ronde, évoquant la collection des Santons de l’été 2017
Julien Da Costa pour Le Figaro

En revanche, à la Fondation Maeght, tout est vrai. Elle est particulièrement belle, ce jour-ci, sous le ciel bleu, peuplée de sculptures, de céramiques et de jeunes gens tout de Jacquemus vêtus, pour le plaisir d’Isabelle Maeght. « La Fondation est faite pour accueillir la jeunesse, et la mode chez nous a toujours fait partie des arts. Ma mère était mannequin chez Christian Dior, elle et ma grand-mère s’habillaient chez Dior, Givenchy et Balenciaga. D’ailleurs, c’est Cristobal Balenciaga qui a offert le christ de la chapelle Saint-Bernard de la Fondation !, confie la petite-fille de Marguerite et d’Aimé Maeght. Et puis, j’ai beaucoup d’affection pour Simon. Son travail correspond à notre philosophie et il y a ces correspondances esthétiques avec sa mode. Nous avons d’ailleurs choisi ensemble les Giacometti présentés dans les salles, comme devant vous, la Femme cuillère (1926-1927). »

Avec la Fondation Maeght, nous partageons tant : le style de vie, le sens de l’humour, la porte ouverte, la poésie… C’est l’art et la famille

Simon Porte Jacquemus

Derrière les courbes de ce bronze unique au monde, un attroupement de photographes professionnels et amateurs s’est formé face à Julia Roberts, ravie d’être ici. Puis, les objectifs se déplacent quelques places plus loin pour immortaliser Kylie Jenner et sa fille de 5 ans, Stormi. « La Fondation n’est pas bloquée dans le passé, elle est bien dans son époque. Et nous espérons que cette visibilité offerte par Jacquemus attirera la jeunesse, poursuit Isabelle Maeght. Vous savez, nous avons été le premier musée à faire entrer gratuitement les enfants parce que pour mes parents, ils représentaient notre avenir… et notre futur public ! Nous avons des familles qui viennent depuis les années 1960 ! Certains visiteurs sont même de la cinquième génération. »

Imprimé panthère et cuir façon python
Julien Da Costa pour Le Figaro

Simon, lui, n’est pas venu enfant à la Fondation.« Je ne crois même pas que mes parents connaissaient, mais dès que, jeune, j’ai vu des photos des lieux, j’ai su que j’y présenterai un défilé. Parce que nous partageons tant : le style de vie, le sens de l’humour, la porte ouverte, la poésie… C’est l’art et la famille, raconte le styliste français quelques minutes après le show, qui, comme à son habitude a fait venir sa grand-mère, ses cousins, cousines, etc. L’idée de ce défilé est née de deux inspirations a priori opposées. À savoir Giacometti et les clichés du style bourgeois des années 1980-1990, avec le pull sur les épaules, les références à l’équitation, etc. Le résultat est une sorte de “luxe pop”, avec toujours cette épaule ronde qui vient du costume provençal et une sensualité moins frontale, pour une femme plus adulte. Luxe aussi parce que nous avons encore élevé notre fabrication en changeant d’usines en Italie, comme avec ce cuir (embossé façon croco sur un très beau trench porté par le top Gigi Hadid en ouverture du show, NDLR). J’ai créé ma marque il y a quinze ans, je veux qu’elle ressemble à celui que je suis aujourd’hui. »

Tension des courbes et des lignes droites, de la mousseline et du cuir
Julien Da Costa pour Le Figaro

Il en a assez d’être résumé à un phénomène d’Instagram et à une marque «marketing ». « Moi, quand je me réveille le matin, j’ouvre un livre sur les tableaux de Bacon, les intérieurs de Jacques Grange, les œuvres de Giacometti, Braque, Calder… » Dont les géométries aériennes de ronds et de carrés font écho à sa propre grammaire. Le casual chic d’un ensemble jupe crème (avec le fameux pull noué BCBG en trompe-l’œil) croise une robe de soir formée de deux rectangles de mousseline piquée de fausses plumes d’autruche comme du crin de cheval. Un tailleur-pantalon construit en cercle est aussi immaculé que la robe de mariée à plastron de plâtre moulé sur le corps – clin d’œil sans doute à la collaboration d’Yves Saint Laurent et des Lalanne à la fin des années 1960. La grande force de Simon, c’est son regard frais, parfois candide, sur des références vintage, familières voire éculées pour les plus âgées, mais totalement inconnues des jeunes générations…

Le voile de la mariée
Julien Da Costa pour Le Figaro

Dans une semaine, le designer et ses équipes déménageront (encore) dans un siège social plus grand, ils y seront 300. Dans quelques mois, il inaugurera sa première boutique à New York, d’autres ouvertures sont prévues sur des marchés stratégiques. Cette collection « Les Sculptures » arrive à point nommé, montrant qu’il est loin d’être essoufflé, tout en clamant, qu’il ne veut « pas continuer à grossir, mais à grandir ». Même son de cloche pour la Fondation, qui espère augmenter un peu sa fréquentation, actuellement de 130 000 visiteurs par an, mais pas au détriment de la qualité de l’expérience. « Cette année, ce sont nos 60 ans, conclut Isabelle Maeght. Que nous allons célébrer entre autres avec l’exposition sur l’amitié entre Bonnard, Matisse et notre famille Maeght. Papa (Adrien Maeght, 93 ans, président de la Fondation) qui lui aussi assiste au défilé est sans doute l’un des derniers à les avoir connus tous deux ! »

Source du contenu: www.lefigaro.fr

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