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Le design, talent caché de Francis Bacon

Au premier regard, ce sont les corps écorchés et disloqués, les carcasses de viande et les scènes de sexe ou d’effroi qui marquent le spectateur des peintures de Francis Bacon. Et puis, derrière ces figures tourmentées, surgissent des cages en métal, des fauteuils, un rideau, une table en verre, un miroir, un canapé qui viennent appuyer ces œuvres ultra-célèbres de l’art moderne. Autant de détails qui en réalité n’en sont pas et racontent une histoire, celle des débuts de Bacon, qui fut designer avant d’être peintre et que relate l’exposition « Francis Bacon et l’âge d’or du design », à partir du 9 juin, à l’Espace d’art concret (EAC), de Mouans-Sartoux, dans les Alpes-Maritimes.

« Une histoire largement méconnue, excepté de quelques spécialistes », constate en préambule Fabienne Grasser-Fulchéri, la directrice de l’EAC. Elle-même avoue l’avoir découverte il y a un an et demi lors d’une visite de la Francis Bacon MB Art Foundation, à Monaco. Ce centre de recherche, créé il y a dix ans par l’entrepreneur Majid Boustany, détient le plus grand fonds de mobilier de l’artiste encore existant, quelques rares pièces, dont un tapis, un tabouret et une table basse présentés à l’EAC, accompagnés d’archives, de plusieurs tableaux de l’époque et de créations d’artistes et de designers dont Bacon saluait l’influence.

« Cette exposition se veut comme le début d’une quête », plaide Fabienne Grasser-Fulchéri. Car cette période négligée de la vie de Bacon, sur laquelle il y a peu d’écrits, participe à l’histoire du design anglais du début du XXe siècle et aide à comprendre les œuvres tardives du Britannique, qui témoignent d’une grande maîtrise des intérieurs, explique Elsa Boustany, curatrice de la Francis Bacon MB Art Foundation.

Un détour par Berlin et Paris

En 1927, rejeté par son père en raison de son homosexualité, le jeune Francis Bacon a tout juste 18 ans lorsqu’il se retrouve à Berlin. Il y vit probablement deux ou trois mois avant de s’installer à Paris, entre le printemps 1927 et février 1929. « On ne sait pas grand-chose sur les dates ni sur le choix de ces destinations », reconnaît Rebecca Daniels, chercheuse à l’Estate of Francis Bacon, à Londres. Les spécialistes s’accordent à dire que c’est la créativité bouillonnante de ces villes qui a attiré le jeune homme.

« Bacon séjourne d’ailleurs dans le quartier artistique de Montparnasse, au 35, rue Delambre, à l’Hôtel des Ecoles [aujourd’hui Hôtel Delambre], fréquenté par Paul Gauguin, puis André Breton et dans la même rue que Foujita et Man Ray. Cette adresse est un choix conscient de sa part », assure l’historienne, qui enquête elle aussi depuis plusieurs années sur cette période de la vie de l’artiste et prépare un livre, à paraître en 2026. Quelles furent ses activités lors de son passage en France, on l’ignore, mais on imagine qu’il y débute sa carrière d’architecte d’intérieur. « Il est certain que ce qu’il a vu à Berlin et surtout à Paris sera déterminant pour la suite », affirme Rebecca Daniels.

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Source du contenu: www.lemonde.fr

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