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Les mannequins cabine, des modèles de patience

Amanda Sanchez, mannequin cabine de la maison Chanel, lors d’un essayage haute couture, à Paris, le 17 janvier 2024.

En arrivant rue Cambon, à Paris, elle s’est tenue à carreau, épatée par le décorum et le prestige de la maison de couture qui l’accueillait. Lors de cette première visite chez Chanel, en décembre 2001, Amanda Sanchez a 22 ans. Elle vient faire son premier essayage. Elle se souvient du studio rempli, des premières d’atelier que Virginie Viard, alors directrice du studio (et aujourd’hui directrice de la création), lui avait présentées… Mais aussi, concentré et assis à la table, de Karl Lagerfeld lançant à la volée, comme un adoubement : « Elle a de jolies proportions. »

Ainsi a-t-elle commencé, pour la haute couture du printemps-été 2002, à servir de mannequin cabine, ce modèle de chair et d’os sur lequel un atelier conçoit l’intégralité des tenues d’une collection. « Je n’avais jamais entendu parler d’un tel rôle, se souvient la Brésilienne qui défilait déjà à New York ou Tokyo. J’ai découvert au fil de l’eau. » Son mètre soixante-dix-huit, son port altier, son sourire naturel et bien sûr son corps svelte ont fait merveille : elle fut rappelée pour les collections prêt-à-porter et, à vrai dire, pour toutes les saisons suivantes…

« Depuis vingt-deux ans », donc, compte-t-elle, bluffée elle-même par une telle longévité, chaque silhouette Chanel haute couture, imaginée par Karl Lagerfeld ou par Virginie Viard, sa successeure à la tête de la création de la maison au double C, a été façonnée, ajustée, modifiée sur le corps longiligne d’Amanda Sanchez. Jusqu’aux silhouettes aux airs de ballerines et aux envolées de tulle de la collection printemps-été 2024, dévoilée le 23 janvier à Paris.

« Bien droite et toujours symétrique »

Du lundi au vendredi, de 10 à 18 heures (ou au-delà, lorsque le « Kaiser », retardataire d’anthologie, faisait lanterner ses troupes), elle a appris à rester disponible. Avec deux sessions fétiches : « Le tout premier essayage de la saison, avec les toiles, lorsque les premières d’atelier passent en revue les modèles à venir à partir de l’impulsion créative donnée par Virginie, et celui, bien plus tard, où tout s’assemble, tissus, broderies et finitions », décrit-elle.

Dans l’imaginaire collectif, la mannequin cabine plane comme une créature mutique et malléable, réduite à un corps presque interchangeable. « C’est au contraire courageux car très physique : vous devez pouvoir rester disponible des heures durant sans bouger, puis en bougeant comme il faut », rétablit Stéphane Rolland dans ses salons de l’avenue de Villiers, où il met la dernière main à sa collection, baignée de tons ocre, sable et bleu touareg.

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Source du contenu: www.lemonde.fr

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