AccueilMode de vieUne cafetière culte érigée en objet d’étude artistique

Une cafetière culte érigée en objet d’étude artistique

Dans la cuisine, au milieu des couverts, des casseroles et des assiettes qui s’empilent, se cachent parfois des trésors. Prenez la cafetière italienne, avec son petit glouglou caractéristique et son corps escamotable en forme de sablier. En l’utilisant, chaque matin, pour faire couler un café noir ébène, on est loin de s’imaginer qu’en réalité on tient entre les mains un objet culte. Parce qu’il combine ergonomie et esthétique, parce qu’il conjugue l’usuel, le pratique et le beau, l’ustensile aux lignes saillantes possède un design iconique, reconnaissable entre mille.

Confectionnée par la marque Bialetti depuis les années 1950, la fameuse cafetière Moka Express s’est vendue à plus de trois cents millions d’exemplaires à travers le monde. Derrière cette incroyable réussite commerciale, un homme, Renato Bialetti. Afin de prendre ses concurrents de court, l’entrepreneur a mis en place une stratégie : cloner la version originale de sa cafetière en une multitude de modèles aux variations subtiles.

Problème, dans sa course à l’innovation, il n’a pas jugé bon de tenir de registres ni de conserver prototypes ou archives, emportant avec lui (ses cendres reposent dans une cafetière) toute une partie de l’histoire de son entreprise.

Un récit fouillé

C’est en partant de ce constat que David Bergé s’est mis en tête de reconstituer un catalogue – non officiel – des cafetières de la marque italienne : Bialetti : A Catalogue, paru aux éditions Spector Books (non traduit, 2023). Transformant son obsession en véritable objet d’étude et propos artistique, l’artiste belge a rassemblé une collection de plus de soixante-sept pièces originales qu’il a toutes photographiées et scrupuleusement référencées, créant ainsi un ouvrage aux frontières de la recherche esthétique et de la mise en situation, qui s’appréhende comme une œuvre à part entière.

Au fil des pages, on s’immerge dans les différentes itérations industrielles de l’objet culinaire : on observe la forme du couvercle évoluer, la taille du réservoir s’agrandir ou se réduire, la couleur et le dessin du manche changer. On comprend comment, à force de micrométamorphoses, la machine à café culte est parvenue à trouver ses propres codes et points d’équilibre, en même temps qu’elle envahissait le marché.

En marge de son travail photographique, David Bergé nourrit un récit fouillé, fait d’interviews auprès d’anciens ouvriers et de proches de la famille Bialetti, qui nous plonge au plus près des origines de celle que l’on appelait jadis la « Ferrari des cafetières ». En préambule, il nous donne un conseil : « Prenez votre Bialetti, dévissez-là, ôtez la bande d’étanchéité en caoutchouc et, sous le filtre, découvrez les initiales de la personne qui a moulé votre machine ! » L’occasion de se retrouver nez à nez, en plein milieu de votre cuisine, avec celui ou celle à l’origine de la production de cet objet industriel de masse. Et de boire un café à sa santé.

La touche graphique Le logo de la marque Bialetti : un homme à moustache, pointant son doigt vers le ciel, dessiné par Paul Campani.

La cafetière star La Moka Alpina, entièrement verte, avec un couvercle reprenant la forme du célèbre chapeau à plume des chasseurs alpins italiens.

Bialetti : A Catalogue, David Bergé, Spector Books, 80 p., 24 €.

Source du contenu: www.lemonde.fr

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