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Mort de Bernard du Boucheron, écrivain et industriel

Il a participé au lancement du Concorde et avait créé la surprise en décrochant le Grand prix du roman de l’Académie française pour son premier texte publié à 76 ans.

« Bernard du Boucheron, Ena 50-50, promotion Jean-Giraudoux, écrivain, Grand prix du roman de l’Académie française ». Parfois, la lecture du Carnet du jour du Figaro vous envoie un écho lointain. Nous avions rencontré Bernard du Boucheron, il y a vingt ans. C’était en octobre 2004, il venait de créer une énorme surprise en remportant le Grand prix du roman de l’Académie française, avec son premier texte qu’il avait envoyé à Gallimard par la Poste. La surprise ne tenait pas au fait que c’était un premier roman, non, mais parce qu’il avait attendu ses 76 ans pour le publier !

Sa famille nous apprend son décès survenu le 6 juillet, à l’âge de 95 ans. Et à travers les quelques mots laissés sur le Carnet du jour, on comprend bien à quel point son activité d’écrivain et ce grand prix littéraire lui tenaient à cœur. Pourtant, en plus de ses dix livres publiés, Bernard du Boucheron avait vécu mille vies.

Un parcours d’une richesse rare

On n’en fait plus des hommes de cette trempe-là, érudits, passionnés et passionnants dans des domaines aussi éloignés les uns des autres que la politique, la haute technologie, la finance, la littérature, la commercialisation d’un avion supersonique, le charbon, les contes pour enfants ou la chasse à courre… Bernard du Boucheron, lui, s’est plongé dans ces mondes avec bonheur et, souvent, avec une réussite qui frôle l’insolence.
S’il fallait résumer son parcours en trois ou quatre temps forts d’une vie qui n’en a pas manqué, on pourrait retenir ces faits d’armes. Il a commercialisé le Concorde et participé à l’aventure d’Airbus ; avec Charles Hernu, il a fait partie d’un petit groupe de jeunes « grosses têtes et grandes gueules » qui voulait porter Pierre Mendès France au pouvoir ; et, donc, à soixante-seize ans, il a décroché le Grand prix du roman de l’Académie française pour son premier livre soutenu par, excusez du peu, Michel Déon et Jean-François

Lorsque nous l’avions rencontré chez lui, la première chose qui nous frappait était ses yeux pétillants qui disent que, si le contact s’établit, il pourrait bien lancer traits d’humour.

À propos d’Airbus et du partenariat avec les Britanniques, il disait: « Les Anglais sont des gens charmants qui aiment prendre le succès sur le marchepied. » À propos de son éditeur, qui aurait pu être étonné à la vue d’un jeune auteur de soixante-seize ans : « Existe-t-il quelque chose qui surprenne Jean-Marie Laclavetine ? » Il maniait l’autodérision avec amusement. Son visage arborait toujours le sourire, par moments teinté d’ironie.

Dix romans et un conte pour enfants

Son parcours était à son image, surprenant et d’une richesse rare. Après hypokhâgne, il intègre Sciences Po, puis l’ENA (1950-1952). Il aurait pu épouser une carrière de fonctionnaire, mais avait décidé d’entrer dans le privé. Il se retrouve embauché au sein de l’une des plus grandes entreprises françaises, Sud-Aviation, qui allait devenir Aerospatiale, puis EADS. Il avait franchi les échelons « paisiblement » ; non que le travail fût tranquille, mais le personnage est du genre sportif, aimant les défis – il pratiquait la chasse à courre.

À l’Aerospatiale, Bernard du Boucheron prend des responsabilités qui le conduisent à assurer, en même temps, la direction commerciale et la direction financière du groupe. Il ne le disait pas, mais on le ressentait, ces années ont constitué l’âge d’or de sa carrière : il a vendu le Concorde. « Cette merveille technologique et esthétique a été ma passion et mon drame » , racontait-t-il, Avant même le premier vol, en 1969 (la mise en service s’effectuera en 1976, NDLR), j’étais le premier à savoir que cet avion surréaliste était économiquement inexploitable. » Il sera également associé au lancement d’Airbus.

Après le Concorde, il fait une escapade à l’Office général de l’air, puis rejoint la CGE (futur Alcatel-Alsthom), dirige un groupe où il était chargé de l’import-export du charbon… À soixante-six ans, il assurait encore la délégation générale d’une compagnie qui devait créer le TGV dans le Texas. Et la littérature, dans tout ça ? Il devait bien écrire, à ses rares heures perdues ? Non. « On travaillait six jours sur sept. Le dimanche, je le consacrais à quelques loisirs sportifs ou amicaux. Pas plus. »

Bernard du Boucheron s’est également engagé en politique auprès de Pierre Mendès France. Pourquoi PMF, lui, le fils de famille, qui, plus tard, penchera du côté du gaullisme ? « Nous voulions un changement par une restauration de l’État… » Quant à la littérature, si elle est arrivée dans sa vie, elle n’en fut pas moins vitale durant ses dernières années. Dix romans et un conte pour enfants (son seul publié, prix Goncourt du livre jeunesse !) sont ancrés dans son parcours. Incontestablement, Bernard du Boucheron a du style, et une plume revigorante et jubilatoire. Heureux que la littérature ait réussi à l’occuper près de vingt ans.

Source du contenu: www.lefigaro.fr

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