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Mort du peintre André-Pierre Arnal, le courant Supports-Surfaces perd une de ses couleurs

DISPARITION. Le Nîmois, installé entre Paris, les Cévennes et Montpellier, prit part à l’aventure du groupe Supports-Surfaces en 1971 et fut un artiste majeur de la scène montpelliéraine contemporaine. Il disparaît à 84 ans, laissant son œuvre dans les collections du Musée Fabre.

Pliures, failles de couleurs, géométrie empruntée à la nature et aux prismes des roches, mosaïques douces, André-Pierre Arnal (1939-2024) est classé, avec Claude Viallat, 88 ans, Noël Dolla, 79 ans, et feu Jean-Pierre Pincemin (1944-2005), dans les rangs colorés de Supports /Surfaces. Dans sa typologie, la galerie Ceysson & Bénétière le range avec les personnalités inclassables que sont Daniel Dezeuze, 82 ans, Louis Cane, 80 ans, et feu Toni Grand (1935-2005), grand original comme sa Camargue natale dont l’exposition ce printemps au Musée Fabre de Montpellier révélait l’incroyable univers. C’est aussi dans ce musée des beaux-arts de Montpellier, créé en 1828 par le peintre François-Xavier Fabre, que son directeur, le Cévenol Michel Hilaire, a accroché les grandes compositions d’André-Pierre Arnal, pour sa réouverture en 2021, aux côtés de feu Pierrette Bloch et de Stéphane Bordarier, 71 ans.

«Artiste majeur de la scène montpelliéraine contemporaine, né en 1939 à Nîmes et installé entre Paris, les Cévennes et Montpellier, André-Pierre Arnal prend part à l’aventure du groupe Supports/Surfaces en 1971. Chez les artistes de ce mouvement, aux convictions politiques affirmées, l’utilisation de la toile libre, le refus du pinceau, la banalité du matériau, sont autant de moyens pour laisser visible et immédiatement perceptible la manière dont la toile est créée. Cette nudité de l’œuvre va de pair avec la volonté de rendre l’art accessible à tous, d’occuper l’espace public démocratique», souligne André-Pierre Arnal, Une collection (Snoek), livre du Musée Fabre paru à l’occasion de cette exposition collective.

«En 1970, André-Pierre Arnal participe ainsi à la manifestation Cent artistes dans la ville , investissant l’Opéra Comédie de Montpellier. La même année, il dépose plusieurs de ses « pliages » dans les rues de Stockholm, en plein air. En écho à ces actions, il confiait en 1990 : « chacune de mes peintures […] n’est qu’un morceau d’un grand ensemble qui se développe dans le temps et dans l’espace ». C’est ce dont témoigne magnifiquement le fonds Arnal du musée Fabre, composé de huit toiles, fruit de dons successifs de l’artiste et des Amis du musée Fabre, ainsi que de l’engagement de la Métropole de Montpellier«, explique ce qui, par sa présence dans les collections du musée, est désormais son sanctuaire. Le fonds Arnal du musée Fabre est composé de huit toiles, fruit de dons successifs de l’artiste et des Amis du musée Fabre.

«Né à Nîmes en 1939, André-Pierre Arnal travaille à Paris. Imprégné de culture méditerranéenne, baignée dans les paysages bas-Languedociens et Cévenols, il tire de sa double formation, littéraire et plastique, une activité duelle unissant peinture et une écriture vécue et transmise par le biais de l’enseignement du français durant plus de trente ans. Servi par cette double pratique, par le goût de l’expérimentation aventureuse des divers aspects de la production picturale, il a su concentrer son attention et sa recherche sur son propre cheminement intérieur», précise la galerie Ceysson & Bénétière .

«Ted Gahl et André-Pierre Arnal», exposition qui se tient jusqu’au 26 juillet à New York chez Ceysson & Bénétière .
© Photo Adam Reich, courtesy Ceysson & Bénétière

Après un rapide passage aux Beaux-arts de Montpellier, il poursuit dans les années 1960 une recherche solitaire, marquée par la découverte de Matisse, des abstraits américains et surtout de Paul Klee. «À partir d’une exploration de la technique du « monotype », son goût immodéré pour les objets d’art populaire l’amène à s’en inspirer et il fera de la « cocotte en papier » le point de départ d’une série de pliages sur toile qui, dans les années 1970, l’inscrira naturellement, tout comme son rapport au langage, dans la problématique du groupe Supports/Surfaces, dont il va partager l’aventure. Il prend position contre une conception individualiste de l’artiste. L’accent est mis sur la déstructuration du support traditionnel de l’œuvre dont les différentes composantes – le cadre, le châssis, la toile et la couleur – sont considérées dans leur individualité», explique Janesther Szlovak, co-auteur de André-Pierre Arnal, Du mystère à la magie (Jean-Pierre Huguet éditeur, 2015) ouvrage réalisé en mars 2015 à l’occasion de l’exposition André-Pierre Arnal, « Du mystère à la magie » à l’Espace Jacques Villeglé de St-Gratien.

«André-Pierre Arnal n’a cessé de rebondir, explorant une infinie variété de supports – de la toile de coton à l’ardoise d’écolier – et de techniques : monotypes, empreintes, fripages, froissages, pliages, teintures sur réserve, ficelages, frottages, pochoirs, arrachements, collages, déchirures obliques. Travailleur méthodique, aimant la dynamique de l’expérimentation comme l’ancrage réel dans les matériaux sensuels, avec une prédilection de plus en plus marquée pour la couleur, il réinvente la notion de série, par la démultiplication à l’infini de son travail de peintre», analyse-t-il. «Depuis quelques années, la production de l’artiste s’est orientée vers un cloisonnement de la toile peinte, en même temps qu’il utilise, récupérées et accumulées depuis longtemps, des cartes routières entoilées, pliables ou déployées, faisant appel à plusieurs techniques intégrées. Ce « dessus des cartes » donne lieu à des résultats plus complexes que ceux des premières séries d’un travail qui couvre aujourd’hui plus de quatre décennies».

Un texte que reprend aussi sur son site la galerie Eva Vautier, fille de l’artiste Ben, qui affiche, à Nice, les mêmes Vincent Bioulès, Louis Cane, Daniel Dezeuze et Noël Dolla. La Pop Galerie, 15 quai du Pavois d’Or à Sète, présente, elle, jusqu’au 17 août «Robert Combas, Daniel Dezeuze, Hervé Di Rosa, Claude Viallat», quatre artistes lâchés en toute liberté, réunis en juin dernier pour la photo avec Pascal Saumade, le directeur de la Pop galerie. «Une question de jardin, de galet, de cueillette, de bout de bois, de matière, d’objet, de corde, de tension, de sacré, de réemploi, de situation, de rencontre, d’atelier, de mystère, de détournement, de poésie, de surface libre, de Méditerranée.».

La galerie Ceysson & Bénétière a rendu hommage sur son site à cette figure de la scène méridionale : «Né en 1939 à Nîmes, André-Pierre Arnal a acquis une reconnaissance dans les années 1960 lorsqu’il a joué un rôle fondateur dans le mouvement Supports/Surfaces. Les artistes novateurs de ce groupe se sont éloignés de l’art figuratif et de son utilisation trompeuse de la perspective, qu’ils qualifiaient de trompe-l’esprit. Ils ont mis l’accent sur la fonction non représentative de la peinture et ont orienté leurs recherches sur les deux éléments constitutifs de l’œuvre : le support et l’application de la couleur. Notre galerie new-yorkaise lui consacre actuellement un duo show avec l’artiste américain Ted Gahl, jusqu’au 26 juillet 2024. Nos pensées vont à sa famille et à ses proches.»

Source du contenu: www.lefigaro.fr

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