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Reportage France – Législatives 2024: en Bretagne, les électeurs modérés séduits par le RN face à la baisse du pouvoir d’achat

Le Rassemblement national a réalisé une percée historique aux élections européennes dans la troisième circonscription du Morbihan, en Bretagne. La région de l’ouest de France est pourtant historiquement modérée. Le parti d’extrême droite entend bien transformer l’essai aux élections législatives, notamment face à la députée macroniste sortante. À Locminé, 4 000 habitants, les candidats n’échappent pas à la question du pouvoir d’achat, centrale dans la campagne.

Il a 25 ans, n’a jamais été élu et se dit peu à l’aise au micro. Antoine Oliviero est le candidat du Rassemblement national (RN) dans la troisième circonscription du Morbihan. Cette même circonscription qui a vu le parti présidé par Jordan Bardella récolter près de 34 % des voix lors des élections européennes du 9 juin. Un score deux fois plus élevé que celui de Renaissance, arrivé deuxième.

Le jeune homme espère profiter de cet élan pour les élections législatives : « Je me dis que c’est possible. Il n’y a pas de raison que les gens qui ont nous ont fait confiance le 9 juin, ne le fassent pas le 30 juin prochain. Clairement, on sent une attente chez les gens. »


Assis en terrasse, Patrice accepte le tract du candidat, qui demeure peu identifié dans l’esprit des électeurs de cette circonscription et que Patrice n’a jamais croisé. Qu’importe pour cet ancien électeur de gauche, qui glissera cette fois dans l’urne un bulletin Rassemblement national. « J’ai toujours été contre le RN, mais aujourd’hui, après 40 ans, rien n’a changé. On nous tire plus dans le pied qu’autre chose. On ne cherche pas à nous aider, on cherche plus à nous enfoncer qu’autre chose », juge-t-il.

Sa priorité, comme celle d’une majorité d’électeurs rencontrés, c’est le pouvoir d’achat et la baisse de certaines taxes. Antoine Oliviero s’emploie à réciter une mesure phare du parti pour ces élections : « baisser la TVA sur les carburants, on va récupérer beaucoup d’argent », promet-il. Cela sans préciser que cette mesure contrevient aux règles européennes et obligerait la France à s’engager dans un bras de fer avec Bruxelles.

« Les gens se serrent la ceinture ! »

Direction le marché de Locminé. Il se tient tous les jeudis dans une rue bordée de maisons en pierre typique de la Bretagne. Les soutiens de Nicole Le Peih tractent. Un habitant refuse la profession de foi de la députée sortante macroniste. « Et pourquoi donc ? », l’interroge l’un de ses soutiens. « Parce que quand on lui demande quelque chose, elle nous oublie », tacle-t-il, en passant son chemin.

Nicole Le Peih, agricultrice à la retraite, sait que sa réélection est loin d’être jouée. « Est-ce que les Bretons ont pris conscience pour eux, pour leur quotidien, de l’impact des programmes des extrêmes ?, s’interroge-t-elle. Je ne suis pas sûre. »

Nicole Le Peih, agricultrice à la retraite, est la députée macroniste sortante. Elle se représente pour tenter de son conserver le siège qu’elle occupe à l’Assemblée nationale depuis 2017.
Nicole Le Peih, agricultrice à la retraite, est la députée macroniste sortante. Elle se représente pour tenter de son conserver le siège qu’elle occupe à l’Assemblée nationale depuis 2017. © coulon Baptiste/RFI

Au bout de quelques minutes, un retraité l’interpelle sur l’augmentation du salaire minimum. « Le pouvoir d’achat est central ! Vous n’y échapperez pas ! » « Est-ce qu’on n’a pas mis en place des primes Macron ? », tente de se défendre la députée sortante. L’homme n’en a que faire de son argument et poursuit, furieux : « Vous voulez un mouvement social dans la rue, vous allez l’avoir ! Les gens se serrent la ceinture ! »

Le calme revenu, Nicole Le Peih concède : « Peut-être qu’on n’a pas encore fait assez, peut-être pourrait-on revaloriser les salaires. Ok, mais il ne m’a pas donné de réponse pour savoir où on trouve l’argent. »

Marie-Madeleine Doré-Lucas est la candidate investie par le Nouveau Front populaire. Elle se présente pour la troisième dans cette circonscription.
Marie-Madeleine Doré-Lucas est la candidate investie par le Nouveau Front populaire. Elle se présente pour la troisième dans cette circonscription. © Baptiste Coulon/RFI

Marie-Madeleine Doré Lucas, la candidate Nouveau Front populaire, assure avoir la réponse : « Une « exit tax« . C’est-à-dire que ceux qui placent leur argent ailleurs pour ne pas participer à la solidarité collective, ceux-là ne pourront plus le faire. Donc l’argent, il est là. » Mais l’argument ne convainc pas Jérémy, maraîcher qui n’a pas un gros salaire, « 1 000 euros par mois. On ne vit pas, on survit. »

Marie-Madeleine Doré Lucas se présente à lui, mais il refuse le tract de la candidate. « Je n’ai jamais voté de ma vie. On croit qu’il y a toujours un changement qui va se faire, mais c’est toujours le même baratin. » Il se dit « totalement désabusé ».

Cette fois encore, il ne votera pas. Ni pour ces trois candidats ni pour les 5 autres qui se présentent, Julie Cuciniello (Debout la France), Soizic Perrault (sans étiquette, ex-Les Républicains), Lionel Epaillard (Parti Brouette), Jocelyne Devriendt (Le Parti breton) et Julie Lepert (Lutte ouvrière).

Source du contenu: www.rfi.fr

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